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Les élus des quartiers populaires globalement « déçus », parfois « choqués », par le discours d’Emmanuel Macron

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le 24 mai 2018

Quarante-huit heures après, le discours présidentiel sur les banlieues continue de susciter de nombreuses réactions chez les élus – faisant souvent état, au minimum, d’une réelle déception.

Le premier vice-président délégué de l’AMF, André Laignel, a résumé le sentiment de bien des élus de villes populaires dans un communiqué au vitriol publié hier en milieu de journée : pour le maire d’Issoudun, le président a « froidement douché les espoirs qu’avait légitimement inspirés le rapport de Jean-Louis Borloo. De fait, il a tourné le dos au travail de l’ancien maire de Valenciennes, qui avait étroitement associé les élus locaux et les associations afin de promouvoir une image renouvelée de nos territoires défavorisés ». C’est l’axe même du discours présidentiel qu’André Laignel fustige, dénonçant une vision « caricaturale » des banlieues, avec un discours centré sur «l’insécurité, le trafic de drogue et le terrorisme », quand, pour lui, ces sujets, certes « réels », ne reflètent pas les difficultés « essentielles » des quartiers que sont « le chômage, la précarité, les logements et les transports insuffisants ».

C’est, entre autres, le terme de « clientélisme », plusieurs fois utilisé par le président, qui a choqué. Emmanuel Macron a par exemple évoqué dans son discours « certains élus ou certaines associations (qui) se sont enlisés dans des mauvaises politiques ou du clientélisme de communautarisme ». Pour André Laignel, c’est un discours qui « stigmatise et les banlieues et leurs élus ». Sylvaine Thomassin, maire de Bondy, a elle carrément quitté la salle, « écœurée », avant la fin du discours, « quand le président a prononcé pour la troisième fois le mot clientélisme en parlant des élus locaux ».

Mal vécus aussi ont été les propos d’Emmanuel Macron sur « les quartiers ou les villes qui n’ont pas eu envie de s’en sortir, parce que tout le monde y avait intérêt » ; ou le fait que ses mots ont été ressentis par certains élus comme une volonté de les court-circuiter. Pour l’ancien maire de Sarcelles François Pupponi, qui disait hier n’avoir « pas encore digéré » le discours, il y a « un tournant historique quand le président de la République dit que les acteurs des quartiers n’ont pas réussi à régler les problèmes et qu’il faut en changer ». Pour Renzo Sulli, le maire d’Échirolles, « le savoir-faire des gens de terrain » n’est pas pris en compte par le président de la République. Renzo Sulli ne comprend pas que le conseil présidentiel des villes, installé par Emmanuel Macron, comprenne si peu d’élus locaux. Amer, le maire d’Échirolles a compris ainsi le discours du président : « Il ne s’est rien fait depuis trente ans et la politique de la ville naît avec Emmanuel Macron ».

Yves Jégo, député de la Seine-et-Marne, a ressenti le même « manque de confiance envers les maires » et critiqué le manque de moyens financiers alloués au plan présidentiel, rejoignant l’avis exprimé mardi par l’AMF qui écrivait : « Pas d’ambition sans moyens ». Pour Yves Jégo, qui a comparé les annonces du président à « de l’homéopathie là où il faudrait de la chirurgie lourde », «s'il n'y a pas les moyens, l'argent, les services, ça ne marchera pas ».

Bien d’autres maires de villes populaires se sont exprimés depuis hier, estimant « rester sur leur faim » (Marie-Line Pichery, Savigny-le-Temple) ou être très déçus (Jean-François Copé, Meaux). Peu nombreux sont finalement les maires qui ont surtout retenu les aspects positifs et « volontaristes » des annonces, comme Louis Vigel, le maire de Melun, ou Francis Chouat, celui d’Évry.

F.L.

Aménagement du territoire - décentralisation - organisation territoriale
Généralités - documents d'ensemble


Réf. : BW25438
24 Mai 2018