L'engagement fort des collectivités dans la relance<br /> <br />

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L'engagement fort des collectivités dans la relance

Le débat intercommunalité du dernier congrès des maires a mis en évidence le rôle clé joué par les communes et les EPCI, aux côtés de l’État et des régions, pour gérer l’urgence de la crise au plus près des acteurs économiques. Il s’agit à présent de pérenniser cette coopération réussie pour conforter la reprise et renforcer économiquement les territoires sur les années à venir. Cela doit notamment passer par des formations adaptées aux besoins des entreprises locales, en s’appuyant sur le binôme région-EPCI, tout en veillant à une gestion plus économe de l’espace imposé par l’objectif du ZAN.

Une forte réactivité

« Durant la crise sanitaire, nous avons réussi très vite à être réactif, flexible et imaginatif avec nos partenaires : départements, régions et chambres consulaires. Pourquoi ne le pourrions-nous pas aussi le faire en ‘période normale’ ? ». D’emblée, Alain Chrétien, maire de Vesoul (70), président de la communauté d’agglomération (CA) et coprésident de la commission développement économique de l’AMF, a bien posé l’enjeu, lors du débat « Les communes et leur intercommunalité, leviers majeurs de la relance », le 17 novembre. « Dès les premiers jours du confinement, nous avons réussi à mettre au point des réponses adaptées à nos entreprises et nos petits commerces », rappelle-t-il. Pour sa part, Carole Delga, présidente de Régions de France et de l’Occitanie, insiste sur « la complémentarité entre la région et les intercommunalités pour toucher toutes les entreprises ».

A l’instar des autres intervenants, Stéphanie Guiraud-Chaumeil, maire d’Albi (81), présidente de la CA et coprésidente de la commission intercommunalité de l’AMF, se réjouit d’un regard des acteurs économiques sur les collectivités « qui a radicalement changé ». Jacques Oberti, maire d’Ayguesvives et président du Sicoval (31), l’explique avant tout par la réactivité des EPCI : « Nous avons tout de suite mobilisé les agents sans activité du fait de la crise pour contacter un à un les chefs d’entreprise et étudier chaque cas, avec des décisions rapides comme la suspension des redevances, taxes ou loyers pour préserver leur trésorerie, et le règlement accéléré de tous nos fournisseurs ».

Préparer l’après-crise

Dès le 10 avril 2020, le Sicoval a aussi mis en place un « Small and local business act », doté de 20 millions d’euros, pour donner la priorité aux entreprises locales. « En avançant nos grands projets, nous avons surmultiplié la commande publique en sollicitant tous les partenaires sur un temps très court pour relancer la dynamique économique », souligne Jacques Oberti. Objectif : donner un signal fort aux entreprises. Dans un département très touché par le Covid, Florian Bercault, maire de Laval (53) et président de la CA, a mis les bouchées doubles. Installée dès la rentrée 2020, une « conférence de relance » a associé tous les acteurs économiques pour soutenir notamment les commerces de proximité, très impactés par la crise, avec un partenariat fort entre toutes les communes et l’agglo. Parmi les mesures prises : l’opération « tickets commerçants » avec des bons d’achat de 25 euros dont cinq donnés par la collectivité. « Le fonds de 450 000 euros a généré plus de deux millions d’euros de chiffre d’affaires chez les commerçants, souligne Florian Bercault. Face au succès de l’opération, nous l’avons décliné en tickets culture et sport. Cela a permis de réamorcer la pompe de l’économie locale ». Pour préparer l’après-crise, il poursuit ce soutien mais avec des contreparties : charte éthique signée par les commerçants pour vendre plus de produits locaux et soutien aux industriels conditionné au respect d’enjeux environnementaux.

Programmes ACV, PVD, Territoires d’industrie

Jean-Noël Barrot, député des Yvelines et auteur d’un rapport sur le rebond économique des territoires, salue « une coopération nouvelle entre les acteurs économiques locaux durant la crise » qui constitue « un capital territorial très précieux pour l’avenir ». Il estime que « la logique des zonages économiques n’a pas eu les effets escomptés alors que les programmes ACV (Action cœur de ville), PVD (Petites villes de demain) ou Territoires d’industrie, grâce à une logique ascendante partant du projet du territoire, favorisent une vision commune permettant d’assurer un rebond économique durable ». Sur la même ligne, Stéphanie Guiraud-Chaumeil évoque « des outils accélérateurs et transversaux qui permettront d’assurer un rebond sur les années à venir ».

Répondre aux besoins de formation

Pour soutenir les entreprises en recherche d’emplois, en cette sortie de crise, les EPCI doivent pouvoir travailler avec les régions afin d’adapter les schémas de formation. Carole Delga défend ainsi « le couple région-EPCI qui permet de répondre aux besoins locaux de formation ». Connaissant à peine 4% de chômage, Vitré (35) peine à recruter. Sa maire, Isabelle Le Callennec, également présidente de Vitré Communauté, met en avant son campus des métiers, créé à l’échelle de quatre EPCI, avec le soutien de l’Etat, de la région et de 30 entreprises, pour proposer une vitrine de l’industrie de demain. Dans un contexte très différent, Verdun (55), touché par la désindustrialisation et le départ de 3000 militaires depuis vingt ans, connaît le même besoin. « La question d’une formation adaptée est majeure pour les entreprises, insiste Samuel Hazard, maire de Verdun et président de la CA. Nous attendons beaucoup de la nouvelle antenne du Cnam, installée grâce à la synergie entre une foncière et la collectivité ».

Concilier ZAN et développement économique

« Les terrains pas chers et facilement aménageables, c’est fini ». Alain Chrétien plante de décor. La nécessaire gestion économe de l’espace et l’objectif du ZAN (zéro artificialisation nette) inquiètent les élus qui rappellent qu’une des premières demandes des entreprises concerne le foncier. Sur ce sujet, Carole Delga se veut rassurante. « Le ZAN régional, fixé dans le Sraddet, peut différer selon le retard de développement des territoires, explique-t-elle. Certains pourront construire alors que d’autres devront renaturer des friches ». Parmi les solutions possibles, Virginie Carolo-Lutrot, maire de Port-Jérôme-sur-Seine et présidente de Caux Seine Agglo (76), a créé « un fonds de compensation agricole » alimenté par les industriels, afin de financer des projets d’économie circulaire agricole ou de filières courtes. « Nous ne sommes pas juste des vendeurs de terrains », lance l’élue en plaidant pour « bâtir une stratégie à long terme conciliant développement économique et protection de l’espace ».

Philippe Pottiée-Sperry

Retrouvez la vidéo du débat

Intercommunalités
Aménagement du territoire - décentralisation - organisation territoriale


Réf. : BW41002
22 Nov 2021

Auteur : Philippe Pottiée-Sperry pour l'AMF