La revanche des villes moyennes

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La revanche des villes moyennes

Avec 35 % de la population et 30 % de l’emploi salarié, les villes moyennes pèsent dans le paysage français. Après une longue période en berne, elles connaissent un retour en grâce depuis plusieurs années, amplifié par la crise sanitaire avec une hausse de leur attractivité. Elles sont aujourd’hui identifiées comme des territoires dynamiques, disposant d’un bon équilibre entre fonctions de centralité, mixité sociale et cadre de vie agréable et proche de la nature, avec une offre reconnue de services et d’emplois.

Deux études*, publiées récemment par France Stratégie, institution rattachée au Premier ministre, relativisent en partie cette présentation positive très répandue. Bien que réel, le phénomène apparaît en effet hétérogène avec de fortes variations selon les territoires.

Programme Action cœur de ville
Il y a encore quelques années, nombre de villes moyennes étaient sinistrées après une longue période de déprise économique et démographique, avec de surcroit une mise à l’écart des principales politiques publiques d’aménagement du territoire. Elles reviennent aujourd’hui sur le devant de la scène, avec la crise sanitaire ayant joué un rôle d’accélérateur. Le mouvement, déjà amorcé depuis une décennie, a été accompagné par le programme Action cœur de ville (ACV), lancé par le gouvernement fin 2017. Objectif : revitaliser 234 villes moyennes avec un budget de cinq milliards d’euros sur cinq ans (3,8 milliards déjà engagés fin 2021). Le dispositif a été prolongé jusqu’en 2026 avec un « ACV 2 » (2023-2026) en cours de préparation. Selon un premier bilan, dressé le 15 février dernier, 67 000 logements ont été réhabités ou construits (objectif initial de 60 000), 6000 actions engagées, 278 opérations de revitalisation de territoire (ORT) signées, 129 villes ACV lauréates du Fonds friches, +14% de ventes immobilières…

« Un pivot des systèmes territoriaux »
« Conséquences de l’histoire, les villes moyennes constituent aujourd’hui une réalité territoriale qui structure l’organisation du pays », estime France Stratégie. Mais en évoquant aussi des situations hétérogènes, notamment géographiques, économiques ou démographiques. Pour « objectiver » la situation avant et pendant la pandémie, ses deux études s’appuient sur un panel** de 202 villes moyennes. À partir de trois indicateurs (démographie, emploi et prix de l'immobilier), elles identifient quatre catégories : les villes dynamiques (42% : littoral atlantique, pourtour méditerranéen, vallée du Rhône, zone frontalière avec la Suisse), les villes comparables aux tendances nationales (27% : littoral breton, est, centre, nord), les villes en retrait (16% : centre et quart nord-est) et les villes atypiques aux profils contrastés (14% : Normandie, nord et est).

La plupart des villes moyennes jouent un rôle central à l’échelle locale et constituent « un pivot des systèmes territoriaux ». 100 villes du panel constituent des centres majeurs en termes d’équipements et de services et accueillent des tribunaux, des établissements universitaires ou de grands équipements sportifs et culturels. Par ailleurs, 75 % des villes du panel accueillent le siège de préfectures ou de sous-préfectures.

Effet accélérateur de la crise sanitaire
Durant la crise sanitaire, le taux de croissance de l’emploi dans les villes moyennes a été le même qu’au niveau national. Mais la dynamique y est légèrement supérieure que dans les métropoles (+1,9%). En deux ans, 160 villes moyennes sur les 202 étudiées ont créé de l’emploi, dont 77 plus de 3 %. Même des villes « en retrait » pendant la décennie précédente, comme Nevers ou Vierzon, ont créé plus de 3 % d’emploi entre 2019 et 2021.

Concernant l’immobilier, la hausse des prix s’est concentrée dans les pôles des villes moyennes, traduisant un possible rattrapage par rapport aux couronnes. 65 villes du panel ont connu une augmentation des prix plus rapide que la moyenne nationale. France Stratégie reste néanmoins prudente sur un regain d'attractivité des villes moyennes qui s’expliquerait juste sur la variation du marché de l'immobilier qui a existé partout durant la pandémie.

Plusieurs enquêtes confirment ce dynamisme retrouvé et amplifié depuis 2020, comme le palmarès Villes de France-Mytrafic des centres-villes dynamiques ou le baromètre de l’immobilier dans les villes moyennes de l’ANCT et des Notaires de France. Au sortir du confinement, selon le baromètre des territoires 2020, 50% des Français affirmaient leur choix de vivre dans une ville moyenne (13% dans une petite ville) s’ils le pouvaient et 36% des moins de 35 ans vivant en métropole souhaitaient y déménager. Une tendance confirmée à l’échelle nationale avec 84% des Français préférant vivre dans une ville moyenne plutôt que dans une métropole. Cet attrait fort n’empêche pas qu’une partie de la population de ces territoires continue de vivre un profond mal-être et de se sentir abandonnée.

Dynamisme des couronnes des villes moyennes
Selon France Stratégie, 85 des 202 villes du panel ont connu des trajectoires plus favorables qu’au niveau national pendant la décennie précédant la pandémie. La crise sanitaire a amplifié cette progression, avec une hausse d’attractivité alimentée par les départs des grandes villes, le télétravail et l’image d’une meilleure qualité de vie. De plus, les couronnes des villes moyennes sont souvent bien plus dynamiques que leurs pôles urbains, ce qui les distingue de beaucoup de métropoles. Ainsi, 45 % de ces villes ont connu une croissance de la population de leur couronne, alors que leur pôle connaissait une baisse. D’une région à l’autre les situations varient : attractivité générale de l’ouest de la France ou difficultés liées à l’emploi dans le quart nord-est. Les villes moyennes situées dans des bassins désindustrialisés demeurent en difficulté.

« Pilier durable de l’aménagement du territoire »
Au regard de leur dynamisme et des défis qui les attendent, en matière de transition écologique, démographique ou numérique, les villes moyennes sont jugées par France Stratégie comme « un pilier durable de l’aménagement du territoire ». Elle propose de mobiliser les dispositifs déjà existants pour renforcer leur accompagnement en prenant bien en compte la variété de leurs situations. Et d’appeler par exemple à des réponses différenciées concernant la maîtrise de l’artificialisation ou le développement des transports en commun. Par ailleurs, « elles vont avoir besoin de mieux comprendre les dynamiques territoriales, et d'accéder à de meilleures capacités d'analyse, de prospective territoriale, et d'ingénierie ». Une mission qui pourrait être confiée à l’ANCT.

Philippe Pottiée-Sperry

 

*Etude « La revanche des villes moyennes, vraiment ? »
https://www.strategie.gouv.fr/sites/strategie.gouv.fr/files/atoms/files/fs-2022-na106-villes-moyennes-janvier_0.pdf

Etude « Les villes moyennes, un pilier durable de l’aménagement du territoire ? »
https://www.strategie.gouv.fr/sites/strategie.gouv.fr/files/atoms/files/fs-2022-na107-villes-moyennes-janvier.pdf

**Le panel de villes considéré dans le cadre de ce travail est construit à partir d’une approche multicritère en actualisant une définition proposée par le CGET (2018)