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Franck Leroy, président d’Epernay Agglo Champagne : « Il faut saisir l’opportunité du plan de relance »

Entretien avec Franck Leroy, président d’Epernay Agglo Champagne : « Il faut saisir l’opportunité du plan de relance »
Maire d’Epernay et président d’Epernay Agglo Champagne, Franck Leroy préside aussi l’association des maires et des présidents d’intercommunalités de la Marne. A la région Grand Est, il est vice-président à la cohésion territoriale et à la contractualisation. Selon lui, il n’y a pas une minute à perdre : le plan de relance est là, avec de nombreuses aides, et il faut s’en saisir. Mais il reconnaît le frein pour les petites communes du manque de moyens et d’ingénierie pour monter des projets. D’où le rôle important de l’intercommunalité pour les aider et porter directement les projets les plus complexes. Condition nécessaire : retisser des liens de confiance. Entretien.

Dans votre intercommunalité, les communes déposent-elles des dossiers dans le cadre du plan de relance ?
Pour l’instant, il y en a très peu de la part des plus petites communes. Cela s’explique par la complexité de répondre aux appels à projets, leur manque de moyens et d’ingénierie, ou les délais très courts pour répondre. Outil au service des communes, l’intercommunalité peut ici les aider dans le montage de dossiers comme par exemple sur la rénovation thermique des bâtiments publics. Son rôle est aussi d’informer les maires sur toutes les potentialités et aides existantes du plan de relance. Je rappelle que l’interco existe pour fédérer les communes et les rendre ensemble plus fortes. Lorsqu’elle est soudée, elle avance beaucoup plus vite et chaque commune en bénéficie.

Quel est l’état d’esprit des maires ?
Avec le plan de relance, le paradoxe est qu’il n’y a jamais eu autant d’argent public disponible mais avec des maires qui hésitent parfois à saisir cette opportunité. C’est vraiment dommage ! Leur frilosité peut se comprendre avec les incertitudes sur l’avenir et des inconnues sur les exercices 2021 et 2022. La crainte existe d’une forte baisse de la CVAE sans réelle compensation de la part de l’Etat. Ces inquiétudes apparaissent légitimes compte tenu de la baisse des financements de l’Etat depuis dix ans. Pourtant, il faut plus que jamais investir dans cette période en mettant le pied sur l’accélérateur et non pas sur le frein. Il n’y a pas une minute à perdre. Le plan de relance est là, avec ses aides, et les élus doivent s’en saisir.

Les communes se sentent parfois court-circuitées, notamment avec les CRTE (contrats de relance et de transition écologique) qui seront signés par l’intercommunalité. Qu’en pensez-vous ?
Je comprends cette frustration mais fonctionner à cette échelle permet plus d’efficience. De plus, la démarche des CRTE est justifiée pour les services de l’Etat qui, par exemple, dans la Marne ne peuvent pas échanger régulièrement et contractualiser avec les 613 communes. Cette nouvelle contractualisation me semble donc être logique, d’autant que les communes ne sont pas oubliées car elles porteront la maîtrise d’ouvrage des projets. J’ai beau être très attaché à la commune, elles ne peuvent pas toutes signer un CRTE. Cela prendrait beaucoup trop de temps et ralentirait voire empêcherait l’avancée de nombreux dossiers.  

Comment réussir à convaincre les élus ?
C’est souvent compliqué ! Pourtant, il faut absolument que communes et interco travaillent mieux ensemble. Cela passe par des liens de confiance à retisser en trouvant les bons compromis. Plus que les maires, ce sont souvent les conseils municipaux qui bloquent. Pour les convaincre, la tâche est rude avec certains élus qui voient toujours l’interco comme l’ennemie ! D’où l’importance d’entretenir des relations au quotidien, de se voir régulièrement et d’expliquer encore et encore. Cela prend du temps mais c’est indispensable. Je fais régulièrement ce travail devant les conseils municipaux. Cela peut aussi passer par le pacte de gouvernance mais tout dépend de ce qu’il contient ! Sa priorité doit être avant tout de rassurer les élus.

Pour bénéficier du plan de relance, quelle est votre démarche à Epernay Agglo Champagne ?
Notre rôle est de défricher le terrain en lançant des études sur des sujets complexes, notamment avec l’aide de consultants, pour cerner les potentiels et les projets, surtout en matière de transition écologique et énergétique. Après nous faisons le relais auprès des communes pour voir comment elles s’inscrivent dans ce cadre et se mobilisent notamment avec du foncier disponible sur leur territoire. Par exemple, nous allons répondre très prochainement à un premier AMI (appel à manifestation d’intérêt), avec un partenaire économique, sur le développement du photovoltaïque qui concerna sept ou huit sites sur l’agglo, afin de bénéficier d’aides du plan de relance. Tout cela crée un effet d’entrainement auprès des communes.