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100 territoires d'électrification : les communes et intercommunalités volontaires doivent se porter candidates d'ici au 1er juin 

C’est la solution de long terme défendue par le gouvernement pour diminuer la vulnérabilité aux variations des prix des hydrocarbures : électrifier tous azimuts. Le 23 avril dernier, Sébastien Lecornu a dévoilé un « plan d’électrification » en rappelant un objectif chiffré : passer d’une consommation d’énergies fossiles dans le mix énergétique du pays de 58 % en 2023 à 40 % en 2030, puis 29 % en 2035. Ce qui suppose d’électrifier massivement un certain nombre d’usages, notamment les transports et le chauffage – deux secteurs hautement consommateurs de pétrole et de gaz. 

Lors de ces annonces, le Premier ministre avait insisté sur le rôle des élus locaux, « relais clés pour faire vivre l’électrification dans leur territoire » : les collectivités peuvent à la fois électrifier leurs propres usages (bâtiments publics, transports…) et « animer leur territoire et créer des dynamiques collectives », avait expliqué le chef du gouvernement. 

D’où la volonté du gouvernement de désigner « 100 territoires d’électrification », dans lesquels « toutes les mesures du plan qui peuvent être mises en œuvre le seront » ? Quelques jours après ces déclarations, Matignon a signé une instruction aux préfets sur ce dispositif, qui a été publiée le 15 mai. 

Plan à moyens constants

Ces 100 territoires d’électrification pourront être des communes, des EPCI ou « des regroupements d’EPCI », est-il précisé dans la circulaire. Une fois sélectionnés, les territoires seront « accompagnés » sur trois axes : l’électrification des transports routiers et le développement des infrastructures de recharge pour véhicules électriques ; l’accompagnement des ménages pour la sortie du fioul ; la « planification de la sortie du gaz ». 

De quelle nature sera cet « accompagnement » ? Autant le dire tout de suite : le gouvernement ne compte pas mettre un centime supplémentaire dans ce plan. L’accompagnement consistera à « faciliter l’accès aux dispositifs nationaux existants » – le mot important, en la matière, étant « existants ». Il n’y aura donc pas de moyens supplémentaires, mais probablement la possibilité de voir son dossier passer sur le haut de la pile pour accéder à des financements comme le Fonds vert. Le gouvernement promet également une aide en matière d’ingénierie, de communication et de sensibilisation. 

En échange de ce soutien de l’État, les 100 territoires sélectionnés devront « s’engager à porter localement la politique d’accélération de l’électrification, avec des objectifs chiffrés », de 2026 à 2030. 

Volontaires… désignés

Le calendrier est assez resserré : le gouvernement souhaite que la sélection soit achevée le 30 juin prochain. Ce qui suppose des candidatures identifiées d’ici le 1er juin. Mais les formalités prévues par le gouvernement sont originales : si la démarche des collectivités doit être volontaire… ce sont les préfets qui vont désigner les volontaires. C’est écrit noir sur blanc dans l’instruction : les préfets doivent « identifier les territoires susceptibles d’être candidats » ; puis, après un « échange » avec ces collectivités, celles-ci pourront se porter « formellement candidates ». 

Comment le préfet sélectionnera-t-il les potentiels candidats ? En s’appuyant sur un « faisceau d’indices » tels que « le potentiel d’entraînement des exécutifs et acteurs locaux » (on se demande, en passant, comment et sur quelle base les préfets pourront estimer ce critère) ; « les dynamiques locales en matière d’électrification des usages », notamment les projets en cours dans le cadre des PCAET (plans climat air énergie territoriaux) et les projets des autorités organisatrices de la mobilité ; et enfin des critères objectifs tels que « la présence de zones (par exemple pavillonnaires) propices à la fermeture de branches du réseau de gaz », la part de logements chauffés au fioul, la densité du réseau existant de bornes de recharges. 

D’ici 15 jours à peine, donc, les préfets de région devront avoir identifié, « en lien avec les préfets de département », « 5 à 15 communes, EPCI ou regroupements d’EPCI » candidats pour rejoindre le programme, et les avoir transmis au Secrétariat général de la planification écologique (SGPE). Ce sera ensuite ce dernier qui procédera à la sélection finale des 100 territoires, entre le 1er et le 12 juin, pour une annonce qui devrait faire l’objet d’une « communication nationale ». 

Objectifs à choisir

Chaque candidat, lors du processus de sélection, devra s’engager sur un ou plusieurs objectifs, dont la liste est fournie en annexe de la circulaire. Une douzaine « d’engagements » est listée : « La collectivité s’engage à sortir à hauteur de XX % de l’usage du fioul domestique [ou du gaz] d’ici 2030 », « La collectivités s’engage à accélérer fortement, la sortie du gaz des logements sociaux », ou encore « à accélérer fortement l’électrification des véhicules particuliers », etc. Il sera aussi possible « d’accompagner les artisans dans leur électrification », notamment les boulangers ou de s’engager à « identifier un site clé en main pour l’installation de stations de recharge de poids lourds électriques. 

Pour chacun de ces 12 engagements, le gouvernement donne la liste des dispositifs qui pourront être mobilisés. Il s’agit, en effet, de dispositifs existants (Fonds vert, certificats d’économie d’énergie, France Rénov…), ce qui confirme qu’aucun crédit nouveau ne sera affecté à ce plan. La Banque des territoires sera appelée à accorder à titre « préférentiel » des prêts aux territoires sélectionnés. 

Feuille de route et gouvernance

Une fois sélectionnés, les territoires devront signer, « avant le 20 septembre », une « feuille de route pluriannuelle » avec le préfet de région, l’Ademe et « les partenaires impliqués ». Cette feuille de route devra formaliser « les objectifs poursuivis, les jalons annuels, les moyens humains mobilisés et les dispositifs de soutien attendus en regard ». 

Un « comité régional » présidé par le préfet de région sera chargé de valider les feuilles de route, puis devra se réunir au moins une fois par an pendant toute la durée du programme. Dans chaque territoire sélectionné, un comité de projet devra être constitué, co-présidé par le maire ou le président d’EPCI et le préfet de département. Il assurera « la maîtrise d’ouvrage des actions » et devra se réunir au moins tous les six mois « pour vérifier le bon avancement de la feuille de route ». 

Au début de l’année 2027, le gouvernement prévoit une « réunion de tous les territoires » pour faire un bilan d’étape des six premiers mois du plan. 

Franck Lemarc pour Maire-info, article publié le 18 mai 2026.


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Référence : BW43173
Date : 18 Mai 2026
Auteur : Maire-Info


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