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Crise sanitaire : les Français critiquent la gestion des pouvoirs publics et réaffirment leur confiance dans les maires

Les débats qui ont opposé l’Etat, partisan d’une gestion centralisée de la crise sanitaire, et les maires, fervents défenseurs d’une réponse de proximité, n’ont pas échappé aux Français. L’enquête de l’Observatoire de la démocratie de proximité, réalisée par le Cevipof et l’AMF auprès d’un échantillon de 10 105 personnes âgées de 18 ans et plus, du 7 au 11 juillet, le démontre : interrogés sur la gestion de l’épidémie, les Français livrent une opinion contrastée qui est cependant plutôt favorable aux maires. Ainsi, 70 % des Français jugent comme « justes » (c’est-à-dire ni insuffisantes, ni exagérées) les mesures prises par les maires pour lutter contre la COVID, contre seulement 46 % pour le président de la République. Ces mesures ont été perçues comme « insuffisantes » et « exagérées » de la part des maires pour respectivement 21 % et 9 % des personnes interrogées. Une proportion qui atteint 36 % et 18 % pour le chef de l’État. 

Cependant, en dépit des multiples initiatives prises par les maires et de la bonne appréciation des Français, ces derniers jugent sévèrement l’action des pouvoirs publics. Interrogés sur le rôle des acteurs publics face à la crise sanitaire, le manque de transparence (37 %), l’impréparation (34 %) et l’incompétence (32 %) sont les trois principaux qualificatifs qu’ils mettent en avant pour évaluer la manière dont ils ont géré l’épidémie, loin devant la responsabilité (23 %), la réactivité (15 %) et l’efficacité (13 %). Mais que les maires se rassurent : la crise sanitaire n’a pas écorné le degré de confiance des Français à leur endroit, qui progresse même (74 % contre 71 % en 2019). Le maire reste l’élu préféré des Français, loin devant les autres élus, locaux et nationaux. Et le fort taux de renouvellement des maires en 2020 (40 %) n’a pas entamé leur crédit, bien au contraire.   

Excès de centralisation dans la gestion de la crise

« Durant cette période inédite de mise à l’arrêt de l’appareil productif et de gestion d’une épidémie mortelle, l’ensemble de la chaîne de décision publique a été mobilisée avec parfois des désordres dans la coordination de l’action des services de l’État et des collectivités territoriales », souligne le Cevipof en rappelant que l’épidémie a « mobilisé voire réquisitionné les équipes municipales pour suppléer un appareil d’État impréparé à l’ampleur du choc et aux nombreuses réponses d’intervention à concevoir ». En novembre 2020, les maires eux-mêmes avaient déjà jugé sévèrement la gestion de la crise par l’État en déplorant ne pas avoir été suffisamment associés à la mise en œuvre de l’état d’urgence. 
C’est précisément ce que les Français pointent du doigt et leur sévérité plus grande à l’égard du chef de l’État sanctionnerait « un excès de centralisation dans la décision publique ». « Ainsi, rappelle Martial Foucault, directeur du Cevipof, plusieurs maires ont pris l’initiative d’avoir recours aux arrêtés municipaux pour limiter les déplacements, pour fermer des sections d’école maternelle, pour imposer des restrictions de consommation, pour rendre obligatoire le port du masque à l’extérieur… Souvent invalidées par le tribunal administratif, ces initiatives soulignent l’implication des maires face à une coordination grippée avec l’État. C’est le cas par exemple de la distribution de masques où plusieurs maires et leurs équipes ont décidé, très tôt, de faire l’acquisition de stocks de masques pour les mettre à disposition de leurs administrés », quand l’État se montrait défaillant et ne remboursait ensuite que partiellement les dépenses engagées par les communes. « C’est encore le cas lors du lancement de la campagne de vaccination avec l’ouverture de bâtiments municipaux », souligne le Cevipof. L’AMF avait du reste alerté l’État, dès le mois de décembre 2020, sur le fait que le succès de la campagne nationale de vaccination reposerait sur un partenariat étroit avec les maires. Et la réalité a confirmé ses dires.

Décentralisation : privilégier l’efficacité à l’égalité

L’excès de centralisation dans la gestion de la crise sanitaire ne fait pas pour autant des français les chantres de la décentralisation même s’ils appellent des évolutions en la matière. L’enquête Cevipof-AMF révèle en premier lieu que « près d’un Français sur deux [48 %] déclare connaître et comprendre ce qu’est le processus de décentralisation » (59 % dans les villes de 200 000 habitants et plus). Un tiers a déjà entendu parler du principe sans pour autant comprendre de quoi il s’agit. Enfin, « 17 % des personnes interrogées ne connaissent pas le processus ». 
Le Cevipof constate que « plus le niveau de connaissance sur la décentralisation est élevé, plus la demande de transfert de compétences et donc d’autonomie des collectivités territoriales est élevée. À l’inverse, le statu quo est privilégié chez les personnes les moins informées ». Globalement, un gros quart des Français (28 %) souhaite « aller beaucoup plus loin vers plus de libertés (ou compétences) aux collectivités », la moitié (53 %) souhaite « aller un peu plus loin sur certaines compétences locales », 12 % « rester à l’état actuel » et 7 % « redonner davantage de pouvoirs à l’État ».

Quel que soit le niveau de connaissances de la décentralisation des personnes interrogées, mais aussi la taille de la commune dans laquelle ils résident, « une large majorité se dégage pour privilégier un modèle d’organisation politique où les décisions seraient prises au nom d’un principe d’efficacité justifiant une adaptation dans chaque territoire (75 %) contre un principe d’égalité territoriale (25 %) » sur tout le territoire national, souligne le Cevipof. Toutefois, les raisons invoquées pour justifier davantage de décentralisation dépassent le seul principe de l’efficacité : l’enquête montre ainsi que « la prise en compte des réalités différenciées du territoire (35 %), la capacité de saisir les besoins des citoyens (34 %) et la rapidité des décisions (33 %) sont les principales motivations pour une accélération du mouvement de décentralisation », explique le Cevipof. 
À l’inverse, « le risque d’inégalités territoriales (41 %), la crainte d’un manque de moyens pour certaines collectivités territoriales (30 %) et d’une augmentation des dépenses publiques (30 %) ou encore du retrait de l’État (18 %) dans les territoires » sont les premiers motifs avancés par le quart des Français attachés au principe d’égalité territoriale pour maintenir une organisation centralisée de l’État. 

Télécharger les résultats de l'enquête du Cevipof.


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Décentralisation


Réf. : BW40841
23 Juil 2021

Auteur : Maire-Info