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De « Balance ton maire » à « Touche pas à mon maire » : les temps changent

En ce jour de rentrée parlementaire, une partie des députés et sénateurs de La République en marche et du MoDem publie un texte de soutien aux maires, estimant que « la violence à l’égard des élus a atteint cet été un niveau insupportable ». Un vrai changement de ton chez des parlementaires souvent accusés de méconnaître les réalités du terrain local.

Il y a presque un an, plusieurs comptes twitter liés au parti présidentiel lançaient le hashtag #BalanceTonMaire, appelant les citoyens à « dénoncer » les maires qui augmentaient la taxe d’habitation – dans un amalgame avec le compte #BalanceTonPorc qui avait été particulièrement mal vécu par l’immense majorité des élus.

Aujourd’hui, c’est sous le titre « Touche pas à mon maire ! » que 85 parlementaires LaREM et MoDem apposent leur signature, comme un épilogue aux onze mois pendant lesquels la majorité présidentielle a travaillé à tenter de réparer à la fois l’effet désastreux de la campagne #BalanceTonMaire et, plus généralement, des premiers mois du quinquennat lors desquels les maires avaient ressenti une forme de mépris de la part du nouveau pouvoir. 

Depuis, de l’eau a coulé sous les ponts : pas un discours du président de la République sans un hommage appuyé aux maires, ces « premiers porteurs de la République au quotidien » (16 octobre 2018) ; création d’un ministère de plein exercice consacré aux collectivités territoriales ; grand débat et rencontres, des dizaines d’heures durant, entre le président de la République et les maires ; volonté affichée du gouvernement d’associer les associations d’élus à la concertation ; rédaction et présentation du projet de loi Engagement et proximité, porté par Sébastien Lecornu, qui vise à améliorer le quotidien des maires et faciliter l’exercice de leur mandat… 

Un « cri du cœur » ?
C’est dans ce contexte que les parlementaires de LaREM et du MoDem ont choisi de publier leur tribune, à l’initiative de la députée de l’Aisne Aude Bono et de son collègue de l’Indre François Jolivet. « Un cri du cœur à celles et ceux qui s’engagent sans compter », explique la députée sur sa page Facebook – « cri du cœur » dont la spontanéité suscite quelques doutes et quelques sourires, ce matin, sur les réseaux sociaux. Voire, parfois, un peu d’agacement, certains posant clairement, sous une forme ou sous une autre, la question : « Qui a jeté en premier les maires en pâture ? »

Ce texte semble autant une déclaration de soutien aux maires qu’un plaidoyer pro domo de députés dont certains ont été victimes de menaces ou de violences inacceptables, cet été, comme la dégradation de leur permanence, à la suite de leur vote favorable sur le traité Ceta : « Il est devenu banal d’accuser les élus, locaux et nationaux, de tous les maux – au risque de mettre en doute l’efficacité de notre démocratie », écrivent les 85 parlementaires. 

L’hommage aux maires est appuyé : ils sont « les garants de notre bien-vivre », écrivent les signataires, et ce « de Paris à Signes » (commune dont le maire Jean-Mathieu Michel a trouvé la mort dans l’exercice de ses fonctions cet été) … « en passant par Gargilesse-Dampierre » (clin d’œil au président de l’AMRF, Vanik Berberian, maire de cette petite commune de l’Indre). 

Les parlementaires saluent le bilan du gouvernement en ne retenant, comme l’exige l’exercice, que les aspects les plus positifs (« arrêt de l’assèchement aveugle des dotations, refus d’un nouveau big bang institutionnel, reconnaissance politique… »). Pas de réponse en revanche sur les questions qui inquiètent les maires et leurs associations aujourd’hui : comment sera compensée dans le temps une disparition de la taxe d’habitation que les maires n’ont jamais demandée ? Va-t-on, avec la « contractualisation », vers une forme de recentralisation qui ne dit pas son nom ? Comment lutter contre le sentiment de perte d’autonomie des maires et leur sentiment de voir leur échapper de plus en plus de compétences ? 

Les assouplissements qui figurent dans le projet de loi Engagement et proximité, évoqués dans le texte, sont certes jugés bienvenus par les associations d’élus, mais néanmoins non suffisants. C'est le cas, typiquementt, sur l'eau et l'assainissement, domaine dans lequel les assouplissements proposés sont très loin des demandes des maires. 

Alors, la déclaration d’amour – évidemment bienvenue – aux maires des parlementaires de la majorité suffira-t-elle à faire oublier le passé, et surtout à convaincre ces derniers que la majorité est réellement décidée, comme il est écrit dans la tribune non sans grandiloquence, à « protéger sans relâche ces femmes et ces hommes qui font vivre notre quotidien » ? L'avenir le dira.

Franck Lemarc

Accéder à la tribune « Touche pas à mon maire ».


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Réf. : BW39593
10 Sep 2019

Auteur : Franck Lemarc