Espace Associations départementales de maires


Fin d'un mandat exceptionnellement difficile, où les maires ont tenu la barre

Quel mandat ! Rarement, sur une période de six années seulement, autant d’événements se sont télescopés qui ont profondément bouleversé le quotidien des maires. 

Rappelons-nous, il y a six ans presque jour pour jour : le 12 mars 2020, pour la première fois, le gouvernement envisage le report du premier tour des élections municipales face à l’épidémie galopante de covid-19. Mais le soir, après d’intenses réflexions et tractations, le chef de l’État prend la parole à la télévision et annonce que « rien ne s’oppose à ce que les Français se rendent aux urnes ». Le premier tour aura bien lieu le 15 mars. Le lendemain, dans une annonce à la nation, le chef de l’État annonce le confinement de tout le pays à compter du 17 mars à midi. 

Le second tour des élections municipales sera reporté et n’aura lieu qu’à la fin du mois de juin, le 28. 

Les maires sur le front du covid-19

Commence alors une période unique en son genre dans l’histoire du pays, où une partie des communes ont élu leurs conseillers municipaux mais où ceux-ci ne peuvent pas se réunir en conseil municipal pour élire leur maire, tandis que les autres restent dans un « entre-deux tours » qui durera plusieurs mois. 

Pendant cette période, les maires ont joué un rôle exceptionnellement important, donnant toute leur énergie pour « tenir le pays », comme dira plus tard le président de l’AMF – s’assurant que malgré le confinement, les personnes les plus vulnérables étaient approvisionnées, maintenant le service public dans des mairies désertées par les agents pour cause de confinement. Il reviendra aux maires, pendant cette période, d’assurer la logistique et la distribution des masques (l'AMF et ses associations départementales avaient alors acheté des millions de masques et en avaient assuré la logisitique) puis de gérer, en lieu et place d’un État parfois défaillant, l’organisation de milliers de « vaccinodromes ». 

Crise énergétique et inflation

La pandémie – qui, il faut le rappeler, a fait plus de 150 000 morts en France – ne s’est définitivement éteinte qu’au cours de l’année 2022. Mais à peine celle-ci terminée, c’est une nouvelle crise qui a frappé non seulement le pays mais toute l’Europe : l’invasion de l’Ukraine par la Russie, le 24 février 2022. Première conséquence, en France : un afflux massif de réfugiés ukrainiens – ils seront plus de 100 000. Cette fois encore, les maires sont au rendez-vous pour accueillir les réfugiés, les loger, les accompagner dans leur parcours – tandis que des milliers de communes se mobilisent pour organiser collectes et dons à destination de la population ukrainienne. L'AMF encore, quelques semaines après l'éclatement de la guerre, avait organisé, avec la Protection civile, le plus gros convoi d'acheminement d'aide humanitaire jamais réalisé pendant toute l'histoire de cette dernière.

Mais cette guerre va avoir des conséquences encore plus directes pour les collectivités – avec l’émergence de la crise énergétique et la brutale explosion des prix de l’énergie, à l’automne 2022, qui frappe de plein fouet les communes. Confrontés à des factures énergétiques qui s’envolent, les maires doivent prendre des décisions difficiles – ici, fermer une piscine, là, restreindre le chauffage ou l’éclairage public – jusqu’à ce que le gouvernement mette enfin en place un « bouclier tarifaire » permettant d’amoindrir un peu les effets de l’inflation. Inflation qui, très vite, jusqu’à l’été 2023, ne va pas se cantonner à l’énergie mais toucher tous les produits qui constituent le « panier du maire » et lourdement obérer leurs budgets. 

Racket sur les finances locales

Les budgets, justement : pendant tout le mandat 2020-2026, la question budgétaire a été au cœur des préoccupations des maires, lors d’une période marquée par un gel presque continu des dotations de l’État et une politique d’assèchement de l’autonomie fiscale et financière des collectivités, après la suppression progressive par le gouvernement de la presque totalité des impôts locaux. 

C’est aussi la période pendant laquelle le gouvernement a tenté de relancer les « contrats de Cahors » de triste mémoire et l’encadrement des dépenses des collectivités locales, avec sanctions financières à l’appui ; avant d’inventer le non moins funeste « Dilico », considéré encore aujourd’hui par les associations d’élus par un véritable « racket » sur les finances locales – répondant toujours à la même logique : demander aux collectivités territoriales de « contribuer » à financer un déficit abyssal de l’État dans lequel elles n’ont, pourtant, pas la moindre responsabilité.

Émeutes et catastrophes climatiques

Les crises ont continué de succéder aux crises : le 27 juin 2023, la mort du jeune Nahel, à Nanterre, tué par un policier, met le feu aux banlieues dans tout le pays et provoque des émeutes d’une intensité jamais vue depuis celles de 2005. Incendies et pillages ravagent les bâtiments publics dans des centaines de villes – et l’on se souvient encore de cette image d’un maire, seul devant sa mairie ravagée, tentant d’empêcher des émeutiers d’y pénétrer pour la piller. Ces émeutes occasionneront plus d’un milliard d’euros de dégâts, obligeant le gouvernement à prendre des mesures dérogatoires au droit commun des marchés publics pour accélérer la reconstruction. 

De même, le mandat a été marqué par une très notable accélération des catastrophes climatiques : tempêtes, tornades, canicules, inondations, feux de forêt d’une intensité jamais vue, et jusqu’aux cyclones qui se sont multipliés – Garance et Belal à La Réunion, Chido à Mayotte. Face à ces catastrophes, les maires ont dû, comme si cela ne suffisait pas, faire face à l’attitude des assureurs qui se retiraient, ou faisaient exploser les cotisations ou les franchises, quand ils ne résiliaient pas tout simplement les contrats. 

Crise politique

Ce tableau d’un mandat incroyablement difficile ne serait pas complet si l’on n’évoquait pas la crise politique qui secoue le pays depuis bientôt deux ans, sur fond de crise budgétaire liée au déficit de l’État. La dissolution surprise de l’Assemblée nationale par le chef de l’État, en juin 2024, a fait débuter une période d’instabilité politique totale, avec renversement de gouvernements, motions de censure, longues périodes où l’exécutif était réduit à gérer « les affaires courantes », incapacité à voter le budget dans les temps deux années de suite… Il a fallu, pour les maires, sur le terrain, tenir la barre dans cette tempête politique où la défiance des citoyens face à la chose politique, devant le triste spectacle offert par l’Assemblée nationale, ne fait que grandir. 

Et maintenant ? Non seulement la crise politique n’est au fond pas résolue et le gouvernement reste, en grande partie, paralysé, mais voilà qu’une nouvelle guerre a éclaté, le 28 février, au Moyen-Orient, avec son cortège d’incertitudes sur l’avenir, ses risques inflationnistes, ses inquiétudes sur l’engagement militaire du pays – alors que la nuit dernière a été annoncée la mort du premier soldat français victime de cette guerre. Comment oublier que, comme un symbole, le dernier congrès des maires de la mandature a été marqué par le discours du chef d’état-major de l’armée française, le général Mandon, venu annoncer devant le congrès que le pays devait se préparer à devoir « sacrifier ses enfants » ?

60 % des maires se représentent

Et pourtant. Malgré ces innombrables difficultés, malgré ce mandat où les crises ont succédé aux catastrophes, les maires y retournent. Loin des prévisions alarmistes, la quasi-totalité des communes verront au moins une liste se présenter aux suffrages des électeurs, dimanche (seules 68 communes n’en auront pas, ce qui est moins qu’en 2020). Mais surtout, près de 60 % des maires sortants se représentent : selon des chiffres publiés ce matin par La Gazette des communes, ce chiffre tourne autour de 60 % pour les communes de moins de 1 000 habitants, et ne fait qu’augmenter ensuite proportionnellement à la taille des communes, pour atteindre 81 % dans les grandes villes. Malgré les crises et malgré les vents mauvais qui soufflent du Moyen-Orient, une forte majorité de maires a donc choisi de ne pas raccrocher les crampons et de faire face, encore, pour un nouveau mandat qui pourrait ne pas être moins agité que le précédent.

Bien des questions se posent, à la veille de ce scrutin. L’émergence des scrutins de liste dans les petites communes va-t-elle apporter une forte alternance ? Le fait que les deux tiers des communes ne voient qu’une seule liste se présenter va-t-il avoir une incidence sur la participation, dans la mesure où cette liste est assurée d’être élue avec 100 % des voix quel que soit le nombre de suffrages ? Quels seront les résultats du Rassemblement national, à un an d’une présidentielle qu’il semble en passe de pouvoir remporter ? Premières réponses dimanche soir.

Tout au long de ce mandat exceptionnel, Maire info s’est efforcé d’accompagner au quotidien les maires en les informant, au plus près de cette actualité plus qu’agitée, et en tentant de répondre chaque jour aux questions qu’ils se posent. Ce rôle d’information a été conforté, pendant ce mandat, par une augmentation importante de notre nombre de lecteurs quotidiens, qui a plus que doublé depuis 2020. La rédaction de Maire info remercie ses lecteurs de leur fidélité, et notre newsletter sera au rendez-vous, dès lundi prochain, pour accompagner les nouvelles équipes comme les équipes renouvelées dans le début du prochain mandat. 


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Référence : BW43090
Date : 13 Mars 2026
Auteur : Maire-Info


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