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Le congrès des maires se penche sur les questions du grand âge

 Directeurs d’Ehpad, d’hôpitaux locaux, d’acteurs du domicile, « tous font le même constat : tous manquent de personnel, ne reçoivent plus de candidatures aux offres, enregistrent des démissions en cascade de personnels… ». Ce constat, Pierre Martin, maire de Chauvé (44), référent grand âge de l’AMF, le tient des entretiens qu’il a menés avant ce forum. « Je voulais vérifier ». Le tableau est comme il le dit « bien sombre ». « Ici, c’est un service de soins de réadaptation qui a fermé cet été faute de personnel ; là un Ehpad qui doit fonctionner avec un effectif réduit faute d’avoir pu remplacer un agent, ou un service à domicile qui refuse des accompagnements de personnes âgées en sortie d’hospitalisation faute de personnel suffisant ». Cela illustre la première urgence du grand âge. Celle d’un système à bout de souffle. 

Le constat n’est pas nouveau. Déjà la canicule de 2003 avait fait l’effet d’un électrochoc. La crise liée au covid-19 enfonce le clou près de vingt ans plus tard, et démultiplie l’urgence. Certes, les personnels ont malgré tout « évité le pire », les réseaux de solidarité ont montré leur richesse, les communes, « en première ligne » ont fait beaucoup pour cela, les maires en ont témoigné lors de ce forum.

Mais ils ont aussi interpellé : « Nous sommes les oubliés de la politique sociale », a lancé Pierre Lamarque, maire de Sarbazan et président de l’Union des CCAS des Landes, voulant rendre hommage à ces personnels dans les CCAS et CIAS, les auxiliaires de vie et aides à domicile. La formule déclenche les premiers applaudissements du débat. Elle provoque aussi l’agacement de la ministre chargée de l’Autonomie, Brigitte Bourguignon. La ministre réplique (« évitons ce genre de tribune politicienne ») et contre-attaque en rappelant la récente revalorisation salariale concernant « la branche la plus importante de l’aide à domicile, celle des associations (type ADMR, UNA…), soit 60% de l’aide à domicile ». « L’attractivité ne se décrète pas, on commence par la revalorisation, j’ai inscrit 200 millions d’euros pour les cinq ans qui viennent. C’est du jamais vu ». Si les agents de la fonction publique n’ont pas bénéficié de cette revalorisation de 13 à 15 % de leur salaire, ils ont bénéficié d’une revalorisation de la catégorie C, renvoie-t-elle encore. 

Les élus restent visiblement sceptiques. Car la réponse de l’État tarde depuis des années – alors qu’un nouveau projet de loi Grand âge a une nouvelle fois été finalement remisé dans les tiroirs. « Certes il y a eu le Ségur de la santé, un tarif plancher harmonisé pour les services à domicile à 22 euros, un programme d’investissement dans les Ehpad. Ces mesures vont dans le bon sens mais elles ne sont pas à la hauteur » a résumé Pierre Martin. Les maires attendent un cadre, une marque, un soutien.

Changement de paradigme

« Le problème c’est que la société n’est pas encore convaincue de cette urgence (du grand âge) », reprend Jérome Guedj, Elle est pourtant « aussi importante que la transition écologique ou digitale » estime l’ancien président de conseil départemental, auteur d’un rapport de 2020, intitulé Déconfinés mais toujours isolés. Il insiste : « Nous devons être fiers de l’allongement de l’espérance de vie, nous avons des personnes qui vont avoir 30/40 ans d’une vie dans laquelle se pose la question de leur utilité sociale autant que de leurs fragilités…»

Le défi, « c’est celui de l’adaptation de la société dès maintenant à l’explosion démographiques des 75/84 ans, plus que le défi de la grande dépendance dans dix ans » complète Luc Broussy, auteur d’un autre rapport, Nous vieillirons ensemble, 80 proposition pour un nouveau pacte entre générations, en mai 2021. Le curseur se déplace vers ceux qui « vont vouloir révolutionner la vieillesse comme ils ont révolutionné la société il y a trente ans ». 

Cela oblige à sortir la question du vieillissement du seul domaine « médico-social ». Pour appréhender les questions de logement, de lien social, d’urbanisme, etc. Les maires acquiescent. « Oui, la question de la longévité est transversale dans les communes, et ne doit pas être du seul ressort du CCAS ou de l’adjoint aux Affaires sociales », appuie Marie Garon, adjointe au maire de Schoelcher (972). « Les gens doivent vivre et pas seulement être accompagnés à cause de leur dépendance. C’est notre devoir ». À la ministre, les maires envoient ce dernier message : « Aidez ceux qui veulent faire ! ».


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Réf. : BW40991
17 Nov 2021

Auteur : Maire-Info