En 2025, pour la première fois depuis 1945, il y a eu plus de décès que de naissances en France, selon les statistiques de l’Insee publiées mardi dernier (lire Maire info du 14 janvier). Le nombre de naissance a diminué de presque 25 % en quinze ans – « une baisse (…) substantielle et durable, dans la quasi-totalité des départements », comme l’observe le ministre de l’Éducation nationale, Édouard Geffray.
« La baisse du nombre d’élèves n’est pas une crise de l’école, indique le ministre dans un dossier de presse publié en fin de semaine dernière. Mais elle implique une réponse concertée localement en vue d’adapter notre organisation scolaire, non dans la précipitation ni selon des logiques purement comptables, mais avec méthode, anticipation et sens de l’intérêt général. »
Pour prendre en compte ce changement de paradigme, le ministre a fait plusieurs annonces afin de mettre en place une stratégie qui puisse tenir « compte des réalités locales, des besoins des élèves et des attentes légitimes des familles et des élus ».
En 2026, les observatoires des dynamiques rurales mis en place en 2023 dans certains départements vont devenir des « observatoires des dynamiques rurales et territoriales, généralisés à l’ensemble du territoire national ». Le déploiement dans tous les départements d’un observatoire des dynamiques scolaires était l’un des points de la nouvelle méthode de travail fixée dans le protocole d’accord signé l’année dernière entre l’AMF et le ministère.
Une circulaire publiée dans le Bulletin officiel de l'Éducation nationale du 15 janvier dernier confirme que ces observatoires vont être généralisés et élargis « à tous les territoires, ruraux comme urbains, afin de disposer d’un cadre commun d’analyse et de prospective ».
Le gouvernement estime qu’entre 2019 et 2029, « les écoles maternelles et élémentaires auront perdu un million d’élèves sur 6,7 millions » et qu’il est donc « indispensable, dans le cadre d’un dialogue renforcé avec les collectivités territoriales, de préparer notre système éducatif à cette transition. »
Ces instances se réuniront plusieurs fois par an et seront co-présidées dans chaque département par le préfet et l’IA-Dasen. Des déclinaisons infra-départementales, notamment à l’échelle des réseaux pédagogiques, des bassins de vie, des périmètres intercommunaux peuvent aussi être mises en place tout comme « des groupes de travail thématiques, définis localement ». « Par une approche prospective au minimum à un, trois et cinq ans », ces instances ont pour mission de « partager un diagnostic commun et d’anticiper les évolutions, d’en mesurer les effets et de nourrir une réflexion pluriannuelle et partenariale sur l’organisation territoriale, l’offre scolaire et les services associés, notamment de transport. »
Il reste à savoir quelle place sera donnée aux maires dans ces instances de dialogue puisque dans certains départements uniquement les présidents d’intercommunalité étaient associés à ces Observatoires. Dans le protocole d'accord signé entre l'AMF et le ministère, le ministère s'engageait à concerter très en amont les maires sur ce sujet et à partager avec eux « une projection à trois ans de l'effectif scolaire ». Doivent être pris en compte, dans ce cadre, « les projets de développement des communes », en particulier la construction de logements, ainsi que « les incidences de la fermeture d'une classe ou d'une école pour les élèves, notamment en ce qui concerne le temps de transport ».
Un nouvel élan va également être donné en 2026 aux territoires éducatifs ruraux (TER). Pour mémoire, dans le cadre du plan France Ruralités et du comité interministériel aux ruralités (CIR), l’objectif fixé est de 300 TER à l’horizon 2027.
« 59 nouvelles labellisations sont accordées pour 2026 à la suite de la quatrième vague de l’appel à projets lancé en juillet 2025 », peut-on lire dans le dossier de presse.Cela concerne 731 écoles, 84 collèges, 30 lycées et « porte à 261 le total de TER ». Une cinquième vague d’appel à projets est prévue à la rentrée 2026.
Le ministère rappelle que « cette labellisation s’accompagne d’une dotation de 30 000 euros par an versée à chaque TER, avec un suivi étape par étape afin de garantir la conformité des mesures prises aux objectifs du projet. »
Enfin, si le gouvernement reconnaît qu’une « actualisation de la carte de l’éducation prioritaire est nécessaire » il estime que « celle-ci prévoit 15 à 18 mois de travail et ne peut donc être engagée alors que les deux échéances électorales à venir impliquent des périodes de réserve pour l’institution. »
La carte de l’éducation prioritaire avait été révisée pour la dernière fois en 2014. Son actualisation devait être réalisée dès 2019, mais a finalement été repoussée par l’ex-ministre de l’Éducation nationale Jean-Michel Blanquer.
Aujourd’hui, l’actualisation de cette carte nécessite, selon Édouard Geffray, « des temps de concertation avec les acteurs concernés, ainsi qu’une appréciation au cas par cas, qui tienne compte des réalités locales et des disparités territoriales, au-delà de l’application de pures règles comptables ou de la prise en compte du seul indice de position sociale (IPS). »
La semaine dernière, il a cependant annoncé que des mesures spécifiques seraient prises pour une vingtaine de collèges et 66 écoles dès la rentrée 2026. Ces écoles maternelles, primaires ou élémentaires non classées « qui présentent d’importantes fragilités sociales » feront notamment l’objet d’une « attention particulière portée au nombre d’élèves par classe ». Il sera aussi possible d’ouvrir un poste de professeur des écoles supplémentaire et « de mettre en place une indemnité pour mission particulière, transitoire dans l’attente de la révision globale de la carte de l’éducation prioritaire, pour tous les professeurs d’école et de collège ».
Lucile Bonnin pour Maire-info, article publié le 19 janvier 2026.
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