La vague de communes sans candidats redoutée par certains avec la mise en application de la réforme du mode de scrutin dans les communes de moins de 1 000 habitants n’a pas eu lieu. C’est le premier enseignement, très positif, que l’on peut tirer de l’analyse du fichier des candidatures déposées pour les élections municipales.
Pour le scrutin des 15 et 22 mars, 68 communes se retrouvent sans candidats sur les 34 875 communes que compte le pays, soit 0,19 %. C’est nettement moins qu’en 2020 (106 communes sans candidat) et presque exactement autant qu’en 2014 (64).
C’est ce week-end que le ministère de l’Intérieur a publié, sur le site de données publiques data.gouv.fr, un très volumineux fichier compilant la totalité des candidats présents sur les listes qui devaient être déposées avant le jeudi 26 février à 18 heures.
Maire info a procédé à l’analyse de ce fichier, et elle est riche d’enseignements.
Le premier d’entre eux n’est pas le plus positif : il y a moins de candidats cette année que lors des précédentes élections. Très précisément 887 815 citoyens se présentent cette année. C’est presque 15 000 de moins qu’en 2020 (902 465 candidats) et presque 40 000 de moins qu’en 2014 (926 068 candidats).
Cette diminution du nombre de candidats peut, par hypothèse, être une conséquence de la réforme du mode de scrutin, qui a permis de constituer des listes comptant jusqu’à deux candidats de moins que l’effectif légal du conseil municipal (bien qu'avec le scrutin uninominal, le conseil municipal pouvait aussi être incomplet). Mais peut-être aussi, selon Guy Geoffroy, maire de Combs-la-Ville et vice-président de l’AMF, interrogé ce matin par Maire info, du fait que le nouveau mode de scrutin interdit les candidatures libres : « Il y avait auparavant des candidats qui se présentaient seuls, en profitant des possibilités de panachage, et ce n’est plus possible. Peut-être que ce sont, en partie, ces candidats-là qui ne se présentent plus. »
Néanmoins, il apparaît que dans la quasi-totalité des communes (99,81 %), des listes ont bien été constituées.
Les 68 communes qui n’ont pas de candidats sont relativement harmonieusement réparties sur le territoire métropolitain, mais il faut noter que plus de la moitié des départements ne comportent aucune commune sans candidats. 43 départements comprennent au moins une commune sans candidat, mais rarement plus. Cinq départements ont deux communes sans candidats (Allier, Isère, Jura, Puy-de-Dôme et Sarthe) ; trois départements ont trois communes sans candidats (Côtes-d’Armor, Creuse et Hautes-Pyrénées). Il y a enfin 4 communes sans candidats dans la Haute-Marne et la Loire, et 5 communes sans candidats dans le Doubs et la Haute-Saône.
La presque totalité des communes sans candidats comptent moins de 1 000 habitants, à une exception près, celle de Fréland, de le Haut-Rhin (1 288 habitants).
Dans ces 68 communes, les choses ne vont pas se passer comme lors des élections précédentes, où des candidats pouvaient se déclarer après le premier tour. Désormais, c’est impossible : les opérations électorales des 15 et 22 mars y ont été annulées et le préfet les a placées sous la tutelle d’une délégation spéciale de trois membres chargés d’expédier les affaires courantes, en attendant l’organisation de nouvelles élections sous trois mois.
Guy Geoffroy se réjouit de ce nombre très faible de communes sans candidats : « C’est la démonstration indiscutable, éclatante, de l’hypothèse que nous avions faite que l’obligation de parité ne serait pas un handicap insurmontable dans les petites communes ! Cette hypothèse est désormais totalement validée par les faits. »
L’analyse du fichier du ministère permet aussi de découvrir des éléments intéressants sur la parité.
À première vue, on pourrait se dire que l’extension de l’obligation de constituer des listes paritaires dans toutes les communes aurait dû conduire à un nombre presque strictement égal d’hommes et de femmes parmi les candidats. Mais ce n’est pas le cas – même si le nombre de femmes candidats a mécaniquement augmenté.
Revenons aux élections précédentes : en 2020, sur la totalité des candidats, il y avait environ 55 % d’hommes et 45 % de femmes. Ce chiffre était tiré vers le bas par les plus petites communes, où la parité n’était pas obligatoire : dans celles-ci, le ratio tombait à 62 % de candidats hommes pour 38 % de candidates femmes.
Désormais, avec la parité obligatoire dans toutes les communes, le ratio progresse largement et se rapproche de la parité : sur la totalité des candidats, il y a aujourd’hui 51,32 % d’hommes et 48,67 % de femmes. Soit, en chiffres absolus, environ 455 700 hommes et 432 000 femmes.
D’où une interrogation : il reste tout de même une différence notable de quelque 23 600 entre le nombre d’hommes et de femmes, au bénéfice des hommes.
Pourquoi ? la réponse est évidente : parce que dans la très grande majorité des communes, ce sont des hommes qui sont tête de liste. Le nombre de candidats étant presque toujours impair, une liste dont le premier nom est un homme comptera toujours un homme de plus que le nombre de femmes.
Le fichier du ministère de l’Intérieur comportant les numéros d’ordre, on peut calculer le nombre de listes qui ont placé un homme ou une femme en tête : sur les presque 50 000 listes qui ont été déposées, 37 633 sont conduites par un homme et seulement 12 265 par une femme, soit un ratio de 75 %-25 %.
Les trois quarts des listes restent donc conduites par des hommes, ce qui laisse à penser que le 22 mars, à l’issue de ce scrutin, il pourrait y avoir autour de 25 % de femmes maires. Ce serait un progrès par rapport à aujourd’hui, où ce chiffre est de 19,8 %. Mais on resterait, en la matière, loin de la parité.
« La parité est un long chemin, commente ce matin Guy Geoffroy. Il va falloir, en effet, avancer désormais sur les têtes de liste, mais on y arrivera. La nouvelle loi sur la parité va mécaniquement augmenter le nombre de femmes dans les assemblées municipales, qui constitueront un vivier de futures maires aux prochaines élections municipales. »
Reste aussi la question des intercommunalités : il est probable que le nombre beaucoup plus important de maires hommes qui sortira des élections de 2026 ne conduira pas à faire réellement augmenter la parité dans les conseils communautaires. « Peut-être que c’est là la prochaine étape qui est devant nous, s’interroge Guy Geoffroy. Faudra-t-il, à terme, là aussi une obligation ? Pourquoi pas ? »
Le fichier du ministère apporte enfin deux autres enseignements intéressants.
Premièrement, il apparaît que dans environ 23 700 communes – soit 68 % d’entre elles –, il n’y aura qu’une seule liste à se présenter aux suffrages des électeurs. Autrement dit, là encore, la nouvelle loi sur le mode de scrutin dans les communes de moins de 1 000 habitants n’aura pas provoqué la « conflictualisation » massive que certaines redoutaient : dans les deux tiers des communes, les candidats ont su constituer une liste autour d’un projet, sans opposition.
Il reste donc environ 11 200 communes dans lesquelles se présentent deux listes ou plus. Les deux communes qui détiennent le record du nombre de listes sont Montpellier et Strasbourg, qui ne comptent pas moins de 13 listes concurrentes.
Enfin, sur un terrain plus politique, notons que sur les quelque 890 000 candidats qui se présentent, 574 400 appartiennent à une liste sans étiquette politique – soit presque 65 %.
En ne considérant que la couleur politique du candidat qui conduit la liste, on constate que l’extrême droite (nuances « extrême droite », « Rassemblement national », « Reconquête » ou « union de l’extrême droite ») conduit 601 listes. Quant à l’extrême gauche – y compris LFI puisque le Conseil d’État a confirmé la semaine dernière son appartenance à cette nuance –, elle conduit 620 listes (dont 243 conduites par un candidat LFI). Les listes politisées les plus nombreuses sont celles conduites par un candidat divers droite (2 215), divers gauche (1 888) et divers centre (1 169), ce dernier chiffre intégrant les listes du camp macroniste.
Place désormais à la campagne électorale, qui s’est ouverte, ce matin, à zéro heure.
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