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Réunion internationale à l’AMF sur l’accueil des migrants : « Travailler en franco-allemand »

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L’AMF a accueilli hier dans ses locaux une rencontre inédite entre élus français et allemands consacrée à l’accueil et l’intégration des migrants. Co-organisée par l’AMF, ses homologues d’outre-Rhin (Deutscher Städtetag (DST)et le Deutscher Städte-und Gemeindebund (DStGB)), et l’Association française du conseil des communes et régions d’Europe (AFCCRE), avec le soutien de la fondation Konrad-Adenauer, cette réunion avait pour objectif de croiser les témoignages d’élus locaux concernés par l’accueil des migrants sur leur territoire.
Comme l’a souligné André Laignel, premier vice-président délégué de l’AMF, qui a ouvert les travaux, « il est essentiel que nous, Allemands et Français, puissions échanger sur cet enjeu majeur ». « Si bien sûr l’accueil est une compétence régalienne, a rappelé le maire d’Issoudun, l’accueil humain (dépend) de nos collectivités de base, c’est-à-dire de nos communes. Les maires sont au début et à la fin de l’ensemble du processus. » Eva Lohse, maire de Ludwigshafen et présidente du DST, et Stephan Schmid, conseiller pour les affaires sociales de l'ambassade de la République fédérale d'Allemagne, sont intervenus après André Laignel pour saluer l’initiative de l’organisation de cette réunion.
Logement, apprentissage de la langue, emploi, ce sont toutes ces questions qui ont été passées en revues par les intervenants des deux pays au cours de plusieurs tables rondes. On retiendra notamment le témoignage de Pierre Coutaud, le maire de Peyrelevade en Corrèze, pour qui la mise en place d’un Cada de 60 personnes dans sa commune a été « une véritable opportunité de développement local », parce que « nous avons besoin de nouveaux habitants pour redynamiser le village ». Un an et demi après l’ouverture du Cada, le bilan est « très positif », autant pour les habitants que pour les demandeurs d’asile « qui ont trouvé un environnement favorable pour se poser et se reposer ». « Nous sommes fiers », a conclu Pierre Coutaud. Roland Shäfer, maire de Bergkamen, est intervenu après lui pour raconter l’impact dans sa commune de l’arrivée de migrants l’an dernier. Rappelant que 900 000 migrants ont été accueillis en Allemagne l’an dernier, le maire a souligné que la situation avait d’abord été « chaotique » et a mis du temps à s’organiser. Le maire a livré un témoignage émouvant sur ce que représente le fait de voir arriver – après avoir été prévenu à peine 24 h plus tôt – un car de « quarante personnes ne possédant qu’un sac en plastique », avec des mères et des bébés, et d’avoir « réussi à faire en sorte dès le premier jour que personne ne dorme dans la rue ».
Une deuxième table ronde, consacrée aux « clés d’une intégration réussie », a été notamment marquée par l’intervention de Roland Ries, le maire de Strasbourg. « Penser que l’on peut s’intéresser uniquement au bonheur de sa ville sans se préoccuper du sort du reste du monde est une grave erreur, une hérésie. L’accueil des migrants est un impératif absolu », a martelé Roland Ries. « Si ne nous intéressons pas à ce qui se passe à l’extérieur de nos villes, tôt ou tard l’extérieur se rappellera à nous. » Sladana Zivkovic, adjointe au maire de Dijon chargée des relations internationales, est également intervenue lors de cette table ronde. S’inquiétant de la montée de la xénophobie partout en Europe, elle a émis l’idée de mieux communiquer « sur la façon dont les choses se passent concrètement », car « un peu moins d’ignorance permettrait peut-être moins d’extrémisme ». Plusieurs élus français ont d’ailleurs insisté sur le fait que l’accueil, en France, est sans commune mesure avec ce qui a été réalisé en Allemagne, et cherché à relativiser les difficultés. Christophe Rouillon, par exemple, maire de Coulaines et président de la commission Europe de l’AMF, a ainsi souligné que « quelques dizaines de personnes dans chaque département » n’était « pas grand-chose », et rappelé que sur les 40 000 réfugiés que devait accueillir la France, à peine 5 000 étaient réellement arrivés. Christophe Rouillon a lui aussi défendu l’idée que vu la faible démographie en Europe, l’arrivée et la « bonne intégration » d’étrangers était « une chance ».
La clôture de la rencontre a été faite par Roland Schäffer, le maire de Bergkamen, et Philippe Laurent, maire de Sceaux et président délégué de l’Association française du Conseil des communes et régions d’Europe, ainsi que par Maxime Lefèbvre, ambassadeur en charge de la mission Ayrault-Kramp-Karrenbauer. Celui-ci, s’exprimant au nom du ministre des Affaires étrangères, Jean-Marc Ayrault, a souligné l’importance des échanges entre collectivités locales de différents pays. « Nos pays sont confrontés à des défis communs, et cela vaut la peine dans ce domaine de travailler en franco-allemand ». Il a annoncé que dans la nouvelle institution qui « est en train de voir le jour », le Conseil franco-allemand pour l’intégration, il sera « fait une place aux représentants des collectivités locales. »
Philippe Laurent s’est lui aussi félicité des échanges. Il a constaté, comme l’avaient fait plusieurs intervenants avant lui, que le « mécanisme de relocalisation » mis en place à l’échelle de l’Europe « n’avance pas beaucoup » et que « la solidarité européenne montre ici ses limites ». Pourtant, a souligné Philippe Laurent, « si les Européens échouent à résoudre ce problème, c’est l’Europe qui aura échoué ». Citant François Baroin, le président de l’AMF, Philippe Laurent a conclu en souhaitant que « le devoir d’humanité gouverne tous les autres principes ».

 


F.L.
 


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Réf. : BW24128
23 Nov 2016

Auteur : F. L.