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Suppressions de postes d'enseignants, fermetures de classes : la confusion règne

Sébastien Lecornu n’a, il est vrai, jamais dit explicitement que le gouvernement renonçait à supprimer des milliers de postes dans l’Éducation nationale. Mais il est des formulations qui sont faites pour entretenir le flou, et celle qu’il a prononcée, le vendredi 16 janvier, pour annoncer les « concessions » du gouvernement et gagner la neutralité du Parti socialiste, sont de celles-là : « Sur l’Éducation nationale, 2 000 postes supplémentaires seront créés. » Logiquement, beaucoup ont cru, ou voulu croire, que cette déclaration signifiait un renoncement aux suppressions de postes. Il n’en est rien. 

4 032 suppressions de postes

C’est au cours d’une réunion entre le ministère de l’Éducation nationale et les syndicats enseignants, hier, que les chiffres sont tombés : les 4 000 suppressions de postes d’enseignants prévues depuis le dépôt du projet de loi de finances, à l’automne, sont confirmées. C’est même un tout petit plus, 4 032 pour être précis : 2 229 dans le primaire et 1803 dans les collèges et lycées. Ce sont en tout cas les chiffres qui ont été présentés aux syndicats – mais pas à la presse – et qui ont été aussitôt communiqués sur les réseaux sociaux, photos à l’appui. Ces chiffres sont supérieurs à ceux qui sont contenus dans le projet de loi de finances, qui prévoyait 1 891 suppressions de postes dans le premier degré et 1 365 dans le second. 

Pour l’école primaire, toutes les académies sont concernées par ces suppressions de postes, à l’exception de Mayotte et de la Guyane. Certaines académies seront durement touchées : celle de Lille va perdre 265 postes dans le primaire et 190 dans les collèges et lycées, Rennes 97 et 153, Bordeaux 115 et 140. 

À combien de fermetures de classes ces suppressions de postes vont-elles conduire ? Il est impossible de le dire aujourd’hui, mais les syndicats se disent « affolés ». Comme l’explique Aurélie Gagnier, porte-parole de la FSU-Snuipp, pour l’année 2025 il y a eu quelque 2 000 fermetures de classes pour 470 suppressions de postes. Alors, « avec presque cinq fois plus de postes retirés [en 2026] , la carte scolaire va être particulièrement douloureuse. » 

Le gouvernement va-t-il tenir sa promesse de ne pas fermer de classes de primaire sans concertation avec les maires ? La carte scolaire va-t-elle réellement être discutée en amont avec ces derniers, afin de leur donner de la visibilité pour la rentrée prochaine et les suivantes comme le prévoit le protocole signé avec l’AMF daté du 8 avril 2025 ?

Dans un courrier adressé au ministre de l’Éducation nationale, daté du 18 décembre 2025, le président de l’AMF, David Lisnard a rappelé la nécessité d’accélérer la mise en application de ce protocole d’accord du 8 avril 2025. Il est important qu’un travail prospectif permanent soit conduit par les IA-Dasen, rappelle le président de l'AMF, afin de communiquer aux maires les projections démographiques scolaires à un an, trois et cinq ans, comme le ministre s’y est engagé, et de les associer plus étroitement aux mesures de carte scolaire. En outre, la transformation des observatoires des dynamiques rurales en observatoires des dynamiques rurales et territoriales dans chaque département (circulaire du 13 janvier 2026) doit « permettre d’élaborer une approche prospective au minimum à un, trois et cinq ans, de partager un diagnostic commun et d’anticiper les évolutions sur l’organisation territoriale, l’offre scolaire et les services associés, notamment de transport », rappelle l'AMF.

500 postes d’AESH réellement nouveaux

Sur les AESH, la déception est aussi de mise chez les syndicats. Le Premier ministre avait laissé entendre que 2 000 postes seraient créés, dans la nouvelle mouture du projet de loi de finances actuellement en fin de parcours au Parlement. En réalité, les choses sont un peu plus compliquées, ce qui fait dire à certains syndicats, comme FO, qu’il s’agit d’un « enfumage ». Pour obtenir son « pacte de non-censure », Sébastien Lecornu a présenté comme une évolution majeure cette décision de créer 2 000 postes pour « accompagner les élèves handicapés », mais en réalité 1 200 étaient déjà prévus depuis l’automne. Ce sont seulement 500, et non 2 000, qui ont été rajoutés, plus 300 postes d’enseignants en Ulis. 

Dans son courrier du 18 décembre 2025, David Lisnard rappelait la nécessité pour l’Éducation nationale de respecter la loi Vial du 27 mai 2024 concernant l’accompagnement des enfants sur le temps de la pause méridienne, et demandé le remboursement des frais engagés par les communes depuis la rentrée 2024.

Chiffres contradictoires

Le gouvernement a été sèchement pris à partie à l’Assemblée nationale, hier, après que ces chiffres eurent été dévoilés. Le député écologiste Arnaud Bonnet a accusé le Premier ministre d’avoir « menti » : « Vous avez menti en minimisant les suppressions de postes alors que vous prévoyez d’en supprimer 438 de plus que prévu dans le second degré, alors même que les classes françaises sont les plus chargées d’Europe. » Le député, se faisant le relais des organisations syndicales, refuse l’argument de la « baisse démographique » brandi par le gouvernement : pour lui, il s’agit d’un mouvement continu de suppressions de postes qui dure depuis des années, sans lien avec la situation démographique. Arnaud Bonnet a rappelé que selon le Snes, « il faudrait créer 10 000 postes supplémentaires pour retrouver le taux d’encadrement de 2017 ». 

Le ministre de l’Éducation nationale, Édouard Geffray, a rejeté en bloc ces accusations, affirmant que le ministère faisait face à « une chute démographique vertigineuse » qui conduira la perte de « 150 000 enfants dès la prochaine rentrée ». Le gouvernement pourrait profiter de cette baisse démographique – bien réelle – pour améliorer le taux d’encadrement des élèves, mais ce n’est manifestement pas le choix qui a été fait. 

Concernant le fait que les chiffres de suppression de postes présentés aux syndicats sont supérieurs à ce qui figure dans le PLF, le ministre a expliqué qu’il s’agissait uniquement de postes « mis en réserve », « pour attendre de voir dans les prochains mois où ils auraient besoin d’être affectés en cas de besoin ou d’évolution de la carte ». Dont acte.

Le ministre a expliqué, dans la même phrase, que le budget prévoit à la fois « la création de 5 900 postes » et « la suppression de 4 000 postes ». Il faudra attendre une communication plus précise et officielle du ministère de l’Éducation nationale pour y voir plus clair, mais le ministre a voulu rassurer en disant que les discussions qui ont eu lieu hier avec les syndicats n’étaient que « techniques, prévisionnelles et provisoires ». 

Ce n’est pas ce qu’ont compris les syndicats. Il faut maintenant attendre l’officialisation de la carte scolaire pour la rentrée prochaine pour savoir réellement ce qu’il en sera des suppressions de postes et, surtout, des suppressions de classes. Mais l’heure n’est pas à l’optimisme à la matière. Demain, jeudi 29 janvier, le Comité des élus locaux se réunira en présence du ministre de l'Éducation nationale. L'occasion, pour les associations d'élus, d'essayer d'en savoir plus sur les intentions du ministère. 


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Référence : BW42988
Date : 28 Jan 2026
Auteur : Maire-Info


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