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Volet agricole de la Feuille de Route Economie Circulaire (FREC) : la filière de compostage des boues d’épuration en danger alors qu’elle est l’un des piliers de l’économie circulaire

Le volet agricole de la FREC a été présenté lors du salon de l’agriculture. Le principe qui vise au traitement séparé des différents flux de déchets organiques pourrait conduire à une interdiction de mélanger les boues et les déchets verts, ce qui condamnerait la filière de compostage. Paradoxalement, il s’agit de la première voie de valorisation de fertilisants exogènes à l’agriculture puisque chaque année 6 millions de tonnes de boues urbaines sont épandues sur les sols agricoles dont près de 3 millions de tonnes après compostage. Les associations d’élus conjointement avec les professionnels de l’assainissement et de la valorisation organique (AMF, AMORCE, FNADE, FNCCR, FP2E, RISPO, SYPREA) demandent à ce que cette filière, qui produit des matières fertilisantes de qualité (normalisées, hygiénisées), soit au contraire encouragée.

Le premier gisement de fertilisants renouvelables exogènes à l’agriculture
Chaque année, le retour au sol des boues d’épuration se substitue à la production de 40 000 tonnes d’azote et de 40 000 tonnes de phosphore ce qui permet d’économiser des ressources non renouvelables ou fossiles le plus souvent situées en dehors de l’Union Européenne, c’est notamment le cas du phosphore qui est principalement produit en Chine, aux Etats Unis et au Maroc. C’est ainsi que l’émission de 225 000 tonnes de CO2 peut être évitée. Ces bénéfices sont reconnus au travers de la marque Fertilisant Durable qui accompagne la mise sur le marché de plus d’un million de tonnes de matières fertilisantes issues de l’économie circulaire.

Une filière répondant aux exigences de qualité et de traçabilité
Depuis plus de 40 ans, grâce à la mise en place de la police des rejets non domestiques dans les réseaux d’assainissement, la qualité des boues d’épuration s’est considérablement améliorée. A titre d’exemple, les concentrations en mercure ont été divisées par 5 et celles en cadmium et en plomb par 10. De ce fait les composts de boues respectent sans difficultés les mêmes critères de qualité que ceux applicables aux composts de bio-déchets sensu stricto. Par ailleurs, l’hygiénisation permise par le compostage est garante de la totale maîtrise des risques sanitaires. Enfin, la traçabilité réclamée par le volet agricole de la FREC s’applique déjà de longue date au traitement et au retour au sol des boues d’épuration. Les composts de boues répondent donc parfaitement aux exigences de sécurité alimentaire exprimées lors des Etats Généraux de l’Alimentation.

La voie de l’excellence grâce au compostage
Le compostage est aujourd’hui en France la voie majoritaire pour le traitement des boues d’épuration et cette filière vertueuse doit continuer à être encouragée. Des partenariats étroits se sont ainsi noués entre près de 300 agri-composteurs et les collectivités pour optimiser localement le traitement des boues et des déchets verts. Le compost de boues permet également de lutter efficacement contre le déclin des teneurs en matière organique des sols en parfaite adéquation avec l’initiative 4/1000 lancée par la France lors de la COP 21. Stabilisé et hygiénisé, il bénéficie d’une très bonne acceptabilité sociale. Interdire de façon dogmatique le mélange des déchets organiques reviendrait donc à condamner le compostage des boues, voire le principe même de leur retour au sol. La seule alternative serait alors de les incinérer ce qui aurait un impact significatif sur le prix des services d’eau, réduisant le pouvoir d’achat des français. Enfin, dans ces conditions, un des objectifs majeurs du volet agricole de la FREC qui consiste à augmenter la part des fertilisants issus de ressources renouvelables ne pourra être atteint.