La garde à vue de l’auteur de l’attentat de Trappes du vendredi 23 octobre a repris hier, après avoir été interrompue pour procéder à des examens psychiatriques. C’est ce qu’a indiqué, lors d’une conférence de presse, le procureur national antiterroriste, Olivier Christen.
Le procureur a également donné de nouvelles informations – glaçantes – sur le parcours du tueur, indiquant notamment que ce ne sont pas trois mais « huit scènes de crime » qui ont été mises en lumière par l’enquête : à plusieurs reprises, le long d’un périple de « 12 kilomètres », l’assassin a tiré sur des personnes sans les atteindre ou a vu son arme s’enrayer. Le bilan aurait donc pu être encore bien plus lourd, a indiqué le procureur, qui a précisé que « 128 munitions » avaient été tirées. Ali Rabeh, le maire de Trappes, a par ailleurs indiqué que « la météo » avait permis d’éviter un carnage encore plus grave, puisque le tireur s’était rendu sur le marché fréquenté habituellement par des centaines de personnes, mais qui était « quasiment vide » du fait de la pluie.
Hier, à 18 h, des rassemblements ont eu lieu dans de très nombreuses communes, devant la mairie, et d’autres seront organisés toute la semaine, notamment à Trappes même vendredi 30 octobre.
L’AMF a indiqué hier qu’elle s’associe à toutes ces initiatives, « sous la forme décidée par les maires », afin « d’appuyer la mobilisation contre toute forme de racisme ».
D’autres associations d’élus ont pris position dans le même sens. France urbaine s’est « associée » au communiqué de presse diffusé par l’AMF samedi. L’Association des petites villes de France (APVF) a, quant à elle, exprimé par communiqué « sa solidarité aux maires de Trappes et de La Verrière et à leurs habitants ». L’association présidée par Christophe Bouillon « fait part de sa profonde inquiétude face à la banalisation d’une parole raciste de plus en plus décomplexée » et rappelle que « les maires sont en première ligne face aux conséquences de violences dont les ressorts dépassent largement le cadre de leur action ». L’APVF demande que l’élection présidentielle à venir soit « l’occasion d’un débat apaisé permettant d’apporter des réponses politiques concrètes aux fractures de notre nation » et indique qu’elle sera « représentée » à la marche blanche organisée à Trappes.
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L’association Ville & Banlieue, présidée par Gilles Leproust, a également diffusé hier un communiqué pour condamner cet attentat et appelé à « défendre la République » : « Le racisme n’est pas une opinion, c’est un délit : lorsqu’il se traduit en actes, il menace, blesse et fragilise la cohésion de notre société », rappelle l’association, qui dénonce, elle aussi, la « banalisation » du discours raciste, avec « des politiques et des médias qui y contribuent ». « Laisser prospérer cette logique, c’est prendre le risque que les mots de haine légitiment les actes et que la défiance entre les citoyens se transforme en fracture durable. » Ville & Banlieue « appelle les responsables politiques et l’ensemble des citoyens à refuser les discours de haine, à protéger les expressions démocratiques et à ne jamais céder à la logique de division. »
C’est également le point de vue défendu par Ali Rabeh, le maire de Trappes, qui a diffusé hier une lettre ouverte dans laquelle il appelle à un sursaut face au « poison du racisme », qui « a transpiré dans chacune des failles qui lui ont été offertes, dans chacune des faiblesses dont nous avons fait preuve, dans tous les pans de la société ». « Cette pente est une impasse, prévient le maire de Trappes. Tous ceux qui s’accommodent de ce rapport de force, tous ceux qui véhiculent, en les diffusant ou en les reprenant, ce discours, ces thèmes, ces mots, tous ceux-là seront avalés par le monstre qu’ils auront contribué à nourrir. »
Invité sur le plateau de BFMTV ce matin, Ali Rabeh a appelé à « la concorde nationale » dans une société qui « a baissé les armes sur le racisme » et appelé à « tenir pied à pied la digue républicaine », exprimant son horreur face au fait qu’un homme de 26 ans puisse mourir parce qu’il « marchait au mauvais endroit au mauvais moment avec la mauvaise couleur de peau ».
Il a également appelé à replacer le logement et la mixité sociale au cœur du débat politique afin d’éviter le développement de « ghettos » dans les villes populaires, ce qui passe, selon lui, par une application stricte de la loi SRU dans toutes les communes plutôt que de concentrer les difficultés dans certaines d’entre elles.
Ce drame va-t-il peser sur la campagne électorale qui commence, en replaçant, comme le souhaite le maire de Trappes, certains sujets essentiels au centre des débats, et en conduisant certains candidats à être plus prudents face aux discours de stigmatisation ? L’avenir le dira. Mais entre cet attentat, les violences inédites du 17 octobre et les agissements des groupuscules d’extrême droite samedi dernier, dans un certain nombre de villes, la campagne s’ouvre dans un climat de tension particulièrement inquiétant.
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