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Consigne : le gouvernement choisit le passage en force et met fin, de fait, à la concertation

Fausse consigne, fausse concertation, vrai bras de fer. Lors d’une conférence de presse organisée hier par les associations d’élus, les associations de défense de l’environnement et les entreprises du recyclage (Fedderec), une colère sourde était palpable. Et pour cause : alors que le ministère de la Transition écologique continue d’organiser des réunions de « concertation » avec ces acteurs, prétendument pour débattre de l’opportunité d’introduire la consigne pour les bouteilles plastique, le ton a brusquement changé : « Nous nous sommes aperçus que nous n’étions plus dans une réunion de concertation mais dans une réunion consacrée à la mise en œuvre de la consigne », a expliqué Jean-François Vigier, maire de Bures-sur-Yvette et vice-président de l’AMF. Autrement dit, le gouvernement a décidé de passer en force. 

Une étrange vision de la « concertation »

Le ministre chargé de la Transition écologique, Mathieu Lefèvre, ne cherche d’ailleurs pas à le nier. Ce matin, brièvement interrogé sur TF1 sur ce sujet (« Allez-vous reculer sur la question de la consigne des bouteilles plastique ? »), il a sèchement répondu : « Non, pas sur le principe. » Hier, dans un post sur le réseau X, le même ministre avait déjà fermé toutes les portes : « C’est donc une certitude : (…) la mise en œuvre de la consigne pour recyclage sera obligatoire au 1er janvier 2029. » Non sans un certain culot, le ministre ajoute souhaiter que la « concertation » se poursuive – comme si les mots « certitude » et « obligatoire » ne mettaient pas fin, de facto, à toute concertation. 

On notera au passage la formulation certainement pas fortuite du ministre, qui parle du choix des « associations de représentants d’élus » de quitter la table des concertations. De façon assez méprisante, le ministre fait semblant d’ignorer qu’une association comme l’AMF ne regroupe pas les « représentants des élus » mais la quasi-totalité des maires du pays. 

Un système nocif pour tout le monde, sauf les industriels

On le sentait en réalité venir depuis quelques mois que le président de la République lui-même a brutalement ressorti du chapeau cette idée – pourtant rejetée par la totalité des associations d’élus et enterrée, avec réalisme, il y a trois ans, par le ministre Christophe Béchu : imposer la consignation des bouteilles plastique. Autrement dit, faire payer plus cher les bouteilles par les consommateurs (on parle d’une vingtaine de centimes) et leur demander de rapporter les bouteilles vides dans des bornes automatiques installées dans les supermarchés, contre récupération de la somme payée en plus. Charge ensuite aux industriels de la boisson de récupérer les bouteilles vides et de les recycler – ou de les vendre.

Ce système, comme les associations d’élus s’étranglent à le répéter depuis des années, n’a que des inconvénients, sauf évidemment pour les industriels. 

Il est nocif pour les consommateurs, qui seront perdants à tous les niveaux : d’abord parce qu’ils payeront plus cher leurs bouteilles (tout en continuant à devoir payer la fiscalité locale pour les déchets, ce qui veut dire qu’ils payeront deux fois) ; ensuite parce qu’ils ne pourront récupérer l’argent qu’en se déplaçant en supermarché avec leur sac de bouteilles vides, au lieu de simplement les déposer dans le bac jaune devant chez eux.

Il est nocif pour les collectivités, qui non seulement vont perdre le bénéfice de la revente des bouteilles collectées – le PET étant à peu près la seule matière rentable parmi les déchets collectés dans le bac jaune. Mais de plus, elles vont perdre une quantité considérable du volume de déchets, alors qu’elles ont investi, ces dernières années, des centaines de millions d’euros pour adapter et moderniser leurs usines de traitement. La mise en place de la consigne risque de conduire à ce que ces usines deviennent totalement surdimensionnées, et constituent donc un gouffre financier. 

On peut ajouter que la mise en place de la consigne risque de conduire à un phénomène de pillage des bacs jaunes – des personnes seront tentées de les vider pour en récupérer les bouteilles plastique et les rapporter à la consigne –, ce qui amènera des dépenses supplémentaires de nettoyage de la voie publique pour les communes. 

Enfin – et ce n’est pas le moindre problème – ce projet est nocif pour l’environnement : tout simplement parce qu’il ne conduit pas à réduire l’usage du plastique mais ne fera, au contraire, que l’augmenter, parce que les industriels y auront intérêt.

En effet, les seuls qui soient gagnants dans cette affaire sont les multinationales de la boisson, qui vont toucher un véritable jackpot. D’abord en augmentant les prix – on sait que le retour en borne de consigne, les premières années du moins, ne dépassera pas 60 %, ce qui veut dire que pour les 40 % qui ne seront pas restitués, l’augmentation du prix sera un bénéfice net. On peut estimer celui-ci à 1,12 milliard d’euros par an sur la base de 40 % des 14 milliards de bouteilles mises sur le marché chaque année.

Ensuite parce que le système permettra à ces entreprises de récupérer directement les bouteilles et de fabriquer du plastique avec, c’est-à-dire de récupérer elles-mêmes ce qui revenait, auparavant, aux collectivités. Il suffit de savoir que l’Ademe estime à un milliard d’euros le coût, pour les industriels, de la mise en place des bornes. Si ceux-ci sont prêts à dépenser un milliard d’euros, combien comptent-ils gagner ?

Pas de « compensation »

Hier, lors de la conférence de presse, les représentants de l’AMF et d’Intercommunalité de France, de France nature environnement et Zéro waste France, ainsi que de Federrec, se sont succédé au micro pour exprimer leur colère et constater que le gouvernement est prêt à sacrifier tout le monde pour faire un cadeau aux géants de l’industrie de la boisson, Coca-Cola en tête. 

Jean-François Vigier a constaté que le gouvernement en était déjà à vouloir discuter de la « compensation » qui serait allouée aux collectivités lorsque le système sera mis en place – on se demande bien, d’ailleurs, sur quelles bases juridiques. « Nous ne voulons pas de compensation : nous voulons que la fausse consigne n’existe pas ! », a martelé le maire de Bures-sur-Yvette. « C’est encore une fois un problème de décentralisation. On nous retire une compétence et on nous propose une compensation ! ». À ceci près que cette fois, cette compétence retirée conduira à la privatisation d’un service public. 

La représentante de Federrec, Sophie Sicard, a rappelé que les entreprises de la collecte et du recyclage représentent « 35 000 salariés ». Quelles seront les conséquences en matière d’emploi d’un « démantèlement du bac jaune » ? – a-t-elle demandé. 

Argument spécieux

« Irresponsable » sur le plan environnemental, comme l’a expliqué hier France nature environnement, catastrophique pour les collectivités, nocif pour les consommateurs… Pourquoi le gouvernement s’acharne-t-il à mettre en œuvre ce que les associations appellent la « fausse consigne » ? Le ministre répète inlassablement le même argument, soufflé par le président de la République lui-même : la France n’atteint pas les objectifs fixés par l’Union européenne en matière de recyclage du plastique et doit donc s’acquitter chaque année d’une amende de 1,5 milliard d’euros à l’UE. 

Mais cet argument est parfaitement spécieux : certes, la France reste loin de l’objectif fixé par l’UE de recycler 2,5 millions de tonnes de plastique par an. Mais sur ces 2,5 millions de tonnes, les bouteilles non recyclées n’en représentent que 120 000, soit moins de 5 %, a expliqué hier Jean-François Vigier. Autrement dit, prétendre que le transfert au privé de la collecte et du recyclage va régler le problème est une chimère. 

Et maintenant ?

Les associations présentes hier à la conférence de presse ont dit leur intention de « saisir solennellement le Premier ministre », Sébastien Lecornu. Jean-François Vigier s’en est expliqué avec un peu d’ironie : « On cherche l’élu local ! En 2023, c’est Christophe Béchu, parce qu’il était maire, qui a compris pourquoi il fallait reculer. Sébastien Lecornu a été maire. » 

Une fois de plus, les associations demanderont au Premier ministre de renoncer à « la fausse consigne » et de se pencher, plutôt, sur les 14 propositions qu’elles ont élaborées pour accélérer et améliorer la collecte et le recyclage – propositions dont on se demande, jusqu’à présent, si le gouvernement a pris la peine de les lire. 

Si la situation ne se débloque pas, les associations d’élus ont menacé, hier, d’utiliser toutes les armes dont elles disposent, dont une a été citée hier : cesser de reverser à l’État la TGAP (taxe générale sur les activités polluantes). C’est bien un véritable bras de fer qui s’engage. 

Pour plus d'information :
"Fausse" consigne sur les bouteilles en plastique Les élus quittent la "concertation"
Consigne pour recyclage des bouteilles en plastique Une fausse solution pour la réduction de la consommation de plastique
Consigne des bouteilles plastique : associations d'élus et de défense de l'environnement main dans la main pour dénoncer le projet gouvernemental


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Référence : BW43250
Date : 1 Juil 2026
Auteur : Maire-Info


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