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Lettre aux maires de Sébastien Lecornu : démêler le vrai du faux

Face aux nombreuses critiques adressées au gouvernement depuis le début de la canicule, notamment celle de ne pas avoir suffisamment anticipé la crise et de diminuer les crédits alloués aux collectivités pour adapter les communes au réchauffement climatique, le Premier ministre contre-attaque. 

Dans un format qu’il affectionne – c’est sa troisième « lettre aux maires » depuis son arrivée à Matignon en septembre 2025 – Sébastien Lecornu répond aux critiques des « inspecteurs des travaux finis » qui expliquent que « la puissance publique n’aurait rien fait pour adapter le pays ». Avec, dès le départ, une façon quelque peu biaisée de répondre, comme si les critiques concernaient autant les élus locaux que le gouvernement (« nous sommes dans le même bateau », écrit Sébastien Lecornu). Ce n’est pas tout à fait exact : les accusations d’inaction et de manque d’intérêt pour les questions climatiques, par exemple au Sénat lors de la dernière séance de questions au gouvernement, ne visent pas les maires mais l’État lui-même. 

« Beaucoup reste à faire »

Le Premier ministre commence néanmoins sa lettre en remerciant les élus : « Dans vos communes, vous êtes en première ligne. Vous mobilisez vos services, vos centres communaux d'action sociale, vos policiers municipaux, vos agents techniques, vos établissements publics et vos réseaux associatifs. Vous ouvrez des lieux rafraîchis. Vous adaptez les horaires. Vous appelez les personnes isolées. Vous prenez, souvent dans l'urgence, des décisions difficiles. » 

Au-delà de la réaction à l’urgence, sur l’adaptation, le Premier ministre utilise une formule qui ne sera pas forcément appréciée par les maires les plus anciens : « Je sais ce qui a été accompli depuis plus de dix ans par une nouvelle génération de maires, de présidents d'intercommunalité ». Ce qui revient à dire que « l’ancienne » génération de maires n’a, elle, rien fait – ou pas assez. 

Le Premier ministre résume la situation avec une formule incontestable : « Beaucoup a été fait, beaucoup reste à faire. Nous devons désormais aller plus vite, avec méthode et pragmatisme ». 

Quelques annonces

Deux annonces principales sont à retenir de ce courrier – même s’il semble que d’autres suivront, dans la journée, après une nouvelle cellule interministérielle de crise. 

Premièrement, pour mieux protéger « les personnes les plus fragiles », c’est-à-dire les personnes âgées isolées, le gouvernement veut s’appuyer sur les facteurs de La Poste.

Dans « les communes qui le souhaitent », les facteurs pourront « effectuer des visites de repérage, susciter l’inscription sur les listes de personnes vulnérables (…), détecter une situation préoccupante ». « Une attention particulière sera accordée aux communes rurales et périurbaines, dans lesquelles les services municipaux disposent parfois de moins de moyens. » Le Premier ministre espère que cette mesure permettra « de prendre contact avec plusieurs centaines de milliers de personnes en une semaine », et « complète » l’action « des maires, des CCAS, des associations ». 

Il reste à savoir comment La Poste compensera ce surcroît de travail pour les facteurs, ce dont la lettre ne dit rien. 

La deuxième annonce concerne les hôpitaux et les ehpad, le Premier ministre commençant par se féliciter des « efforts considérables » faits pour la « reconstruction ou la réhabilitation » des établissements. D’une part, 100 millions d’euros vont être débloqués tout de suite pour que les chefs d’établissement puissent « louer ou acheter » des équipements de rafraîchissement (lire article ci-contre). Les maires seront « associés » à ces décisions. À plus long terme, dans le cadre du plan d’investissement hospitalier 2026-2035, « l'enveloppe consacrée à la rénovation énergétique sera doublée pour atteindre 600 millions d'euros ». 

Le gouvernement va par ailleurs proposer aux départements « un plan d’investissement partagé sur dix ans pour les ehpad », sans chiffrage cette fois. Rien n’est proposé en revanche pour les ehpad municipaux.

« Sous-investissement »

Reste la question des écoles – dont plus de 10 000 sont fermées ou perturbées, à ce jour, tant la chaleur y est insupportable. Ici, le Premier ministre se montre nettement plus critique, même s’il se défend de vouloir « montrer du doigt les collectivités ». Néanmoins, il rappelle que « les écoles relèvent de la responsabilité des communes » et que « personne ne peut le découvrir en une semaine » et c’est « le cœur même de la décentralisation ». Sébastien Lecornu ne veut donc pas « montrer du doigt » les collectivités, mais il explique en filigrane que celles-ci n’ont pas fait le travail – c’est d’ailleurs écrit clairement : « Notre génération actuelle d'élus locaux devra conduire un effort majeur de rénovation du bâti scolaire, après des années de sous-investissement collectif. » 

On renverra à ce sujet à une étude de l’Observatoire des finances et de la gestion publique locales (OFGL), datant de 2023, dont le président, André Laignel – pourtant un maire qui n’est pas de « nouvelle génération » – écrivait en préambule : « Jamais au cours de la dernière décennie, (…) l’effort d’investissement sur le secteur de l’enseignement primaire et secondaire n’a été aussi élevé en euros constants qu’en 2022. » L’étude détaillait : « En 2022, (les collectivités locales) ont investi 8,4 milliards d’euros dans les investissements scolaires publics », principalement pour des opérations de « constructions neuves ou de rénovation ». Et l’OFGL poursuivait : « Dans un contexte où l’investissement public, en particulier celui des bâtiments scolaires, est stratégique sur le plan de la transition écologique, les collectivités jouent un rôle clé. » 

En 2022, la DIE (dépense intérieure d’éducation) assumée par les collectivités était de 40,9 milliards d’euros. Les dépenses d’investissement représentaient 20 % de cette somme. Parler de « sous-investissement » est donc pour le moins surprenant. 

Et il est, de plus, difficile de reprocher aux maires de n’avoir pas procédé à suffisamment d’investissement pour le rafraîchissement des écoles, dans la mesure où c’est l’État lui-même qui a imposé que tout soit centré sur la rénovation thermique, et non sur les dispositifs de rafraîchissement. 

Soutiens financiers en chute libre

On ne peut également que rappeler que les gouvernements qui se succèdent, depuis des années, ne cessent d’exhorter les collectivités à « dépenser moins », ce qui paraît assez contradictoire avec les reproches du Premier ministre. Et que cela fait vingt ans que non seulement les dotations sont en baisse ou gelées, selon les années, mais que depuis 2017 le gouvernement a fait le choix de priver les collectivités de l’essentiel des leviers de la fiscalité locale.  Demander dans le même temps des efforts d’investissement massifs est kafkaïen. 

Sébastien Lecornu affirme cependant que dans ces efforts, l’État sera « aux côtés » des maires. Il confirme, au passage, ce que plusieurs ministres avaient laissé entendre ces derniers jours : le Fonds vert pourra désormais, « lorsque cela est nécessaire », financer « des solutions performantes de rafraîchissement », donc de la climatisation. « Tout cela » sera précisé « par circulaire ». 

Sauf que le Fonds vert se réduit comme peau de chagrin, année après année. Le Premier ministre a beau parler d’une « mobilisation totale du gouvernement » sur ces sujets, les chiffres sont là : ce Fonds est passé de 2,5 milliards en 2024 à 840 millions en 2026, voire moins, puisqu’il devrait faire lui aussi l’objet de « coupes » budgétaires en cours d’année. 

Sur ce sujet, on notera enfin avec étonnement la sortie du chef de l’État, Emmanuel Macron, qui a déclaré hier que les baisses de crédit allouées à la transition écologique… ne relevaient pas de la responsabilité de ses amis politiques. « Il se trouve que quand j’avais une majorité absolue, ces fonds ont été votés », a déclaré le chef de l’État à Antibes. Il a fallu ensuite faire des « compromis » avec « certaines formations politiques ». « Allez les voir pour leur demander pourquoi ils ont coupé ces fonds. » 

Voilà une déclaration qui ne manque pas d’audace. La première réduction drastique du Fonds vert (1,5 milliard d’euros en moins) était contenue en 2024 dans le projet de loi de finances pour 2025 concocté par François Bayrou, qui n’était pas exactement un adversaire politique d’Emmanuel Macron. La deuxième était contenue dans le PLF pour 2026 de Sébastien Lecornu, soutien de toujours du chef de l’État. Et celui-ci s’apprête à alourdir la note, sous forme d’un gel de crédit qui devrait atteindre - 42 % en autorisations d’engagement dès cette année. 

Les accusations faites au gouvernement de négliger la transition écologique depuis plusieurs années ne viennent pas de nulle part. La tentative du chef de l’État d’en rejeter la responsabilité sur les autres n’y changera rien. 


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Référence : BW43246
Date : 26 Juin 2026
Auteur : Maire-Info


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