Si le début de l’été a été marqué par le débat sur la climatisation et l’adaptation des logements, écoles et hôpitaux à la canicule, il a ensuite laissé la place à celui sur les moyens de la sécurité civile. Ce débat ne fait que commencer, puisque le gouvernement a annoncé un projet de loi sur cette question dès le début du mois de septembre.
C’est au moment du « méga-feu » en Gironde qu’une fois de plus, la question des moyens – notamment aériens mais pas seulement – dont dispose la sécurité civile est revenue sur le devant de la scène. Même si des sapeurs-pompiers de tout le pays ont afflué en Gironde, puis dans le Var, pour prêter main-forte à leurs collègues, il est apparu de façon frappante que si la sécurité civile peut faire face à un méga-feu, elle se trouve démunie s’il faut faire face à des dizaines d’incendies majeurs en divers points du pays.
Le manque de moyens aériens a été largement commenté durant tout l’été : les Canadair, notamment, sont en nombre insuffisant, la flotte est vieillissante (le plus récent de ces avions a 20 ans), et les conditions très difficiles dans lesquelles ces avions interviennent (chaleur intense, corrosion par l’eau de mer) oblige à une maintenance qui cloue au sol au moins la moitié de la flotte chaque année.
Mais la crise de cet été a également mis en lumière d’autres carences : le manque de moyens terrestres (camions d’intervention) et le manque de moyens humains. En Saône-et-Loire, pour ne prendre qu’un exemple cité par le président du département André Accary, il ne serait resté cet été que 4 camions disponibles pour intervenir localement, le reste étant parti en renfort en Gironde et dans le Var. Quant aux moyens humains, selon les syndicats de pompiers, il manquerait jusqu’à 20 000 pompiers professionnels pour faire face à la multiplication des risques, dans un contexte où, de surcroît, le nombre de pompiers volontaires est en diminution constante. Sans compter – ce qui a été particulièrement problématique cet été – les réticences des employeurs à « libérer » leurs salariés pompiers volontaires, qui ont obligé à plusieurs reprises des préfets, en juillet, à hausser le ton.
Dès le mois d’août, les fédérations de pompiers ont fait remonter l’état d’épuisement extrême des troupes – mais aussi le sentiment d’exaspération : le 13 août, les neuf organisations syndicales de la profession ont, « d’une seule voix », appelé à la grève à partir du 8 septembre. « À bout », les fédérations de sapeurs-pompiers exigent de l’État des moyens financiers et des recrutements « massifs ». Dans un communiqué, la Fédération nationale des sapeurs-pompiers (FNSP) demande que l’État s’engage réellement, parce que « demander toujours davantage aux départements et aux collectivités territoriales ne suffira plus ». Elle revendique que « de nouvelles pistes de financement » soient dégagées, par exemple à travers « une quote-part de la taxe de séjour », « un pacte capacitaire pluriannuel » sur le matériel, ainsi qu’une « politique d’engagement et d’embauche massive et régulière ».
Cette crise intervient alors que cela fera bientôt un an et demi qu’a eu lieu la concertation nationale baptisée « Beauvau de la Sécurité civile », dont la synthèse produite par le ministère de l'Intérieur n’avait débouché sur… rien. Les nombreuses pistes intéressantes issues de plus d’un an de concertation devaient aboutir à un projet de loi, avait annoncé le gouvernement en septembre 2025, traitant aussi bien des moyens financiers et matériels que de l’organisation du secours d’urgence ou du statut des sapeurs-pompiers. Mais ce texte n’a pas été présenté par le gouvernement avant l'été.
Pressé de toutes parts cet été, l’exécutif a finalement annoncé que le texte était bien « en cours de rédaction » et qu’un « projet de loi de modernisation de la sécurité civile » serait présenté le 8 septembre. Mais les déclaration du ministre de l’Intérieur, Laurent Nuñez, le 13 août, ont quelque peu douché les espoirs des syndicats de sapeurs-pompiers sur un engagement massif de l’État : le ministre a en effet déclaré ne « pas pouvoir s’engager sur des chiffres », en raison… « de la libre administration des collectivités territoriales ». Autrement dit, c’est aux départements et aux communes qu’il va être demandé de faire des efforts – au moment où l’État les exhorte à moins dépenser – et contre eux que l’on pourra se tourner si les choses tournent mal.
Dans une « lettre ouverte » adressée au Premier ministre, le 17 août, André Accary, président du département de la Saône-et-Loire et président de la commission SDIS à Départements de France, a fait part de son incompréhension face à cette politique. Rappelant que les collectivités territoriales financent déjà à elles seules « plus de 90 % des 5,6 milliards d’euros de budget des SDIS », André Accary estime qu’un « point de rupture » a été atteint : les départements, comme les sapeurs-pompiers eux-mêmes, sont « au bord de l’implosion ». Il appelle donc à « une refondation complète » de la Sécurité civile et demande une « alliance » entre notamment l’État, Départements de France, l’AMF, Intercommunalités de France, la FNSP et les SDIS. André Accary, au nom de Départements de France, demande la création d’un « fonds » national, à l’image du Fonds Barnier, permettant « d’accompagner les investissements et soutenir les projets structurants portés par les SDIS et les collectivités ». Ce fonds, propose-t-il, pourrait être alimenté par une « contribution » des assureurs, des grands opérateurs d’infrastructures, de l’État et de l’Europe.
Cette idée intéressante sera, espérons-le, versée aux débats au moment des discussions sur le projet de loi de modernisation de la sécurité civile.
Reste que la sécurité civile – essentiellement chargée d’intervenir pour traiter les catastrophes et protéger les populations – n’est pas le seul acteur sur lequel il faudra se pencher. Plus le réchauffement climatique s’aggravera, plus la question de la prévention et de l’anticipation deviendra prégnante. Dans ce domaine, il est un acteur qui joue un rôle essentiel : c’est l’ONF, l’Office national des forêts, dont les agents sont entre autres chargés de la prévention des incendies et de la gestion durable des forêts face au risque incendie. L’ONF comptait 16 000 agents en 1986. Il en compte 7 600 aujourd’hui. Un « affaiblissement des capacités opérationnelles de l’établissement », notait la Cour des comptes elle-même en juin 2025, parfaitement incompatible avec l’impérieuse nécessité de lutter, en amont, contre le risque incendie.
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