C’est en fin de matinée, vendredi 23 octobre, qu’un homme circulant en voiture a tiré au pistolet-mitrailleur sur des passants, à Trappes et à La Verrière, dans les Yvelines.
Selon les informations communiquées par le parquet antiterroriste, l’homme a reconnu n’avoir pas choisi ses cibles au hasard : il a visé des personnes d’origine africaine ou maghrébine. Le tueur a été arrêté peu après par un équipage de la BAC, ce qui a sans doute évité « un carnage », selon le maire de Trappes, Ali Rabeh, qui a rappelé que le périple du tueur s’est déroulé à l’heure de la grande prière du vendredi, pendant laquelle la mosquée de la commune accueille quelque 3 000 fidèles.
On déplore un mort – un jeune homme de 26 ans – et cinq blessés dont quatre très grièvement. Parmi eux, une petite fille de 12 ans a reçu huit balles dans le corps et se trouve toujours dans un état critique.
Le motif raciste de cet attentat ne fait aucun doute, indépendamment de l’état de santé psychiatrique de son auteur : il a lui-même avoué avoir agi pour « venger » les exactions commises pendant les manifestations du 17 octobre, qu’il semble donc attribuer exclusivement à des personnes d’origine immigrée.
Cet attentat a provoqué de nombreuses réactions, venant de tous les bords politiques. Le chef de l’État, Emmanuel Macron, s’est rendu à Trappes vendredi pour exprimer son soutien « aux élus et à la population ». Il a notamment déclaré : « Un homme a été tué ce matin par un de nos compatriotes sur la base d'une idéologie raciste. (…) Ces personnes ont été visées à raison de leur couleur ou de la religion supposée et pour rien d'autre. C'est ça ce qui s'est passé aujourd'hui. » Emmanuel Macron a poursuivi : « Nous n'avons rien à céder aux idées qui s'installent dans la République et qui peuvent justifier ce genre de comportement ou qui créent une atmosphère qui pourrait les justifier. (…) Je le dis en particulier aux habitants des communes qui ont été touchées, mais plus largement dans tout notre pays. Ne baissez pas la tête, vous êtes françaises et français. Et cette jeunesse de France, c'est notre chance. Ne baissez pas la tête, parce que la République tiendra. »
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Des condamnations claires de cet attentat ont été exprimées par tous les partis politiques, jusqu’à la tribune du congrès du Rassemblement national qui s’est tenu ce week-end à Orléans et où Marine Le Pen a parlé « d’un acte barbare ».
Pour Édouard Philippe, « l’horreur a frappé, et le terrorisme doit être combattu sans relâche, avec une détermination absolue ». Bruno Retailleau a condamné « une violence terrifiante », Gabriel Attal une « barbarie innommable ». Quant aux ténors des partis de gauche, ils ont plus largement insisté – comme l’a fait le président de la République lui-même – sur une « libération de la parole raciste » ces dernières années, susceptible de conduire des déséquilibrés à passer à l’acte. C’est notamment le point de vue du maire de Trappes, Ali Rabeh, bouleversé par ces événements, qui a dénoncé à de nombreuses reprises, dès vendredi, un discours ambiant qui fait des immigrés, et en particulier des Musulmans, des « boucs émissaires ». « À force de le seriner dans tous les tons, et sur tous les plateaux télés, ce discours a fini par pénétrer l’inconscient collectif, et cela donne non seulement une montée en puissance du vote pour l’extrême droite, mais une validation de cette thèse par ceux qui se disent dans le champ républicain. »
Le maire d’Aubervilliers, Sofienne Karroumi, a également pris la parole, hier, à l’occasion d’une marche blanche organisée en hommage à Pengo Bossio Wangi, le jeune homme tué par le terroriste, qui pratiquait le MMA dans un club de cette commune. « Être là aujourd'hui, c'est dire cela, c'est dire qu'Aubervilliers, nos banlieues, ne seront jamais de celles qui s'excusent d'être là. Nous ne baisserons jamais la tête face au racisme », a poursuivi le maire.
Plusieurs maires ont exprimé leur solidarité aux victimes, aux élus et aux communes touchées. C’est le cas de Catherine Trautman, la maire de Strasbourg, qui a dénoncé un acte de « terreur raciste » et annoncé la mise en berne des drapeaux de sa commune. Adama Gaye, maire de Mantes-la-Jolie, a exprimé sa « stupeur et (sa) tristesse », tout comme la maire de Bagneux Hélène Cillières, qui a déclaré dans un communiqué que « s’attaquer à des personnes en raison de leurs origines, c’est s’attaquer à notre humanité ». La commune de Gennevilliers a également publié un communiqué pour dire sa solidarité à « tous ceux que ces événements ont plongé dans la peur et la sidération ». « Nous ne pouvons pas détourner le regard face à la violence raciste et à la banalisation de la haine dans notre société. »
L’AMF a, pour sa part, publié samedi un communiqué pour exprimer son « indignation » et assurer les familles touchées de « sa solidarité ». « L’association est aux côtés des élus et des habitants de Trappes et de La Verrière dans ces circonstances dramatiques ».
L’actuel et le futur premier vice-président délégué de l’AMF, André Laignel et Jean-François Debat (PS), ont appelé hier les maires à « organiser des rassemblements devant les mairies » vendredi prochain, à 18 heures, au moment où Ali Rabeh fera de même à Trappes. D’autres maires ont également proposé des rassemblements à d’autres moments, comme Luc Carvounas, à Alfortville, mercredi à 18 h, mais aussi à Lyon, Vaulx-en-Velin, Vénissieux, Montpellier, Brest, La Rochelle, Carcassonne, Toulouse, Valence, Nîmes, Bourgoin-Jallieu, Saint-Nazaire…
La direction de l'AMF indique ce matin à Maire info qu'elle « s'associe aux initiatives, sous la forme décidée par les maires, pour appuyer la mobilisation contre toute forme de racisme ».
Des manifestations se tiendront également aujourd’hui, dans plusieurs villes, notamment à Paris, à l’appel de SOS-Racisme, de la Ligue des droits de l’homme et du Mouvement contre le racisme et pour l'amitié entre les peuples (Mrap).
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